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A Monaco, la bataille du comptable, du magnat et du prince ne fait que commencer
A Monaco, les accusations de malversations se multiplient contre d'anciens proches du prince, qui dénoncent en retour une mainmise d'un magnat immobilier sur le Rocher, alimentant une guerre médiatico-judiciaire ravageuse pour l'image de la principauté dont le souverain Albert II franchit dimanche le cap des 20 ans de règne.
Tout a commencé fin 2021 quand un corbeau a distillé sur un site internet, intitulé "Dossiers du Rocher", des accusations de collusion contre quatre proches collaborateurs du prince, dont son ami d'enfance et avocat personnel Thierry Lacoste et son comptable Claude Palmero.
Les quatre hommes ont répliqué en accusant Patrice Pastor, héritier d'un empire immobilier à Monaco dont la fortune est estimée à plus de vingt fois celle de la famille princière, d'avoir commandité le corbeau parce qu'ils s'opposaient à son hégémonie.
Avec une concentration inédite de millionnaires sur deux petits kilomètres carrés entre mer et montagne, le marché immobilier monégasque vaut de l'or et attise toutes les convoitises.
En 2023, les quatre proches du prince ont finalement été écartés, parfois sans ménagement, leur message brouillé par les liens financiers de certains d'entre eux avec les familles Marzocco et Caroli, des promoteurs immobiliers concurrents de M. Pastor.
Dans la foulée, un audit a révélé des techniques de gestion peu orthodoxes de M. Palmero.
Très vite, les tribunaux ont été saisis d'une foison de plaintes, à Monaco comme à Paris. Les quatre ex-proches contre le corbeau, M. Pastor contre les quatre hommes, le prince et ses soeurs contre M. Palmero, M. Palmero contre M. Pastor... Il y est question de corruption, trafic d'influence, abus de confiance, conflit d'intérêt, harcèlement, violation de la vie privée.
- Procédures en cours -
Au total, une trentaine de procédures sont en cours. Des perquisitions ont eu lieu, des investigations internationales demandées, M. Palmero a déjà été placé six fois en garde à vue dans différents dossiers et M. Pastor a lui aussi été entendu.
Mais pour l'instant, personne n'a encore été inculpé, à l'exception de deux seconds couteaux dans l'enquête à Paris sur un piratage de mails ayant alimenté les "Dossiers du Rocher". En attendant, des fuites régulières dans la presse entretiennent la machine.
D'un côté, on passe au crible les activités de M. Palmero, qui travaillait pour le prince le matin, pour des clients privés l'après-midi et intervenait aussi à titre officieux dans d'autres dossiers.
Dans un entretien à l'AFP, il se défend de toute malversation. Il plaçait son argent sur les mêmes supports que celui du prince? "Un alignement d'intérêt" garantissant une meilleure gestion. Nombre d'avoirs étaient à son nom? Une demande de la famille princière "qui a toujours été obsédée par la confidentialité".
"M. Palmero a bénéficié d'une grande liberté et il est allé bien au-delà de ce qui était attendu de lui", explique Me Cyril Bonan, avocat du Palais.
Si Albert II a affiché sa sérénité dans plusieurs entretiens l'an dernier, le ton est monté en face: furieux de voir les procédures contre lui se multiplier quand nombre de ses plaintes sont classées sans suite, M. Palmero dénonce désormais une justice aux ordres et porte devant la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) la question de l'immunité totale du prince.
- "Renverser les institutions" -
M. Palmero ne s'est jamais plaint quand il était au Palais, "mais le jour où il est écarté, il se sent soudainement investi d'une mission pour tenter de renverser les institutions", dénonce Me Bonan.
Au passage, M. Palmero dresse avec les autres proches déchus un portrait peu reluisant d'Albert II.
"Je me suis malheureusement trompé sur lui. J'ai toujours vu et su que c'était quelqu'un d'assez irrésolu. Mais il semblait honnête et convaincu que Monaco devait devenir un Etat transparent et vertueux (...). En fait, il a jugé que c'était beaucoup plus confortable de s'inscrire dans le système que de le combattre."
"Le prince de Monaco n'obéit à aucun intérêt particulier. Il représente la principauté. Il est le chef de l'Etat et il n'est à la main d'aucun opérateur, aucune force, quelle qu'elle soit", réplique Me Bonan.
Patrice Pastor réfute lui aussi toutes les accusations: "Leur seule stratégie de défense est de ternir la réputation de ceux qui dénoncent leurs agissements et ainsi d'éviter de répondre aux multiples interrogations de la presse et de la justice", déclare son avocat, Me Antoine Vey.
Les autorités judiciaires gardent le silence, répétant que les enquêtes sont en cours.
W.AbuLaban--SF-PST