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Aux Philippines, les militants pro-divorce veulent rompre avec le sacro-saint mariage
Avelina Anuran a été abandonnée par son mari violent il y a plus de dix ans. Mais en dépit de sa volonté, aux Philippines, son mariage demeure gravé dans le marbre.
Cette femme de 50 ans garde les certificats médicaux attestant des blessures qu'elle a subies, dans l'espoir qu'ils servent un jour de preuves devant un tribunal.
"Je veux juste être libérée de ce mariage", implore-t-elle.
Ce bastion du catholicisme en Asie est le dernier pays où le divorce reste illégal, avec le Vatican.
Début février, un nouveau projet de loi l'autorisant a échoué au Sénat qui ne l'a même pas examiné.
Seule une procédure d'annulation ou d'action en nullité de l'union, largement inabordable pour la majorité, peut ouvrir la voie à une séparation en bonne et due forme. Cependant, son taux de réussite est très bas.
Environ la moitié des 117 millions d'habitants de l'archipel soutient fermement un changement des règles, d'après les sondages. Mais les demandes n'ont jamais franchi l'obstacle du Parlement.
En 2019, Avelina Anuran, vendeuse de fruits de 50 ans, avait déjà témoigné lors d'une audience que son mari l'avait violentée. Ce dernier l'a quittée pour élever seul leurs deux enfants.
Mais avec un revenu mensuel de 10.000 pesos philippins, soit 165 euros, Mme Anuran est loin d'avoir les moyens d'engager une procédure d'annulation, qui peut coûter jusqu'à près de 10.000 euros.
Et même si elle y parvenait, son succès serait loin d'être garanti puisque rien de ce qu'elle reproche à son époux -- maltraitances, abandon, infidélité -- ne constitue aux Philippines une raison valable pour annuler un mariage.
Contrairement à d'autres qui chercheraient à divorcer pour s'unir à quelqu'un d'autre, la quinquagénaire ne veut pas se remarier et désire seulement une rupture formelle.
Car le patronyme de son mari apparaît toujours sur ses documents d'identité, et il demeure le bénéficiaire de son assurance-vie.
"Si je meurs la première, sa nouvelle famille aura beaucoup de chance parce qu'il est mon bénéficiaire, même s'il n'a jamais travaillé dur pour moi et nos enfants", déplore Mme Anuran auprès de l'AFP.
- "Liberté" et "estime de soi" -
Faute d'approbation par le Sénat, le processus recommencera à zéro lors de la convocation d'un nouveau Congrès en juillet, après les législatives prévues en mai.
"Nous continuerons à nous battre pour la loi sur le divorce, quelle que soit la composition du Sénat et de la Chambre des représentants lors de la prochaine législature", insiste la députée Arlene Brosas, élue du mouvement féministe "Gabriela" et co-autrice du projet de loi sur le divorce.
Les violences conjugales et l'abandon figurent parmi les principaux arguments des partisans du divorce pour le faire légaliser.
Le parlementaire à l'origine de la proposition, Edcel Lagman, est mort fin janvier après dix ans de combat sur ce sujet.
Lors d'un entretien avec l'AFP en 2024, l'ancien avocat, défenseur des droits humains, évoquait un problème "urgent".
"Il y a tellement de femmes qui souffrent de relations violentes et sans amour. Elles doivent regagner leur liberté et leur estime de soi", appelait-il.
Sa proposition prévoit également des assistances légale et psychologique gratuites pour les demandeurs à faibles revenus, en plus de limiter les honoraires des avocats à 50.000 pesos (environ 835 euros) et à un an le délai pour traiter un dossier.
- Enjeu électoral -
En arrivant à la présidence en 2022, Ferdinand Marcos Jr. s'était dit enclin à appuyer cette cause, qui se heurte toujours à la puissante Eglise catholique et au Sénat, bien plus conservateur que la Chambres des représentants.
Lorna Kapunan, avocate en affaires familiales, estime que l'approche des élections complique le combat: "Comme la plupart (des sénateurs) cherchent à être réélus, ils ont peur d'un retour de bâton de l'Eglise catholique".
Le président du Sénat, Francis Escudero, estime lui qu'une légalisation générerait "des dissensions", préférant étendre la procédure d'annulation plutôt que de consacrer le mot "divorce".
Le révérend père Jerome Secillano, membre de la conférence épiscopale des Philippines, croit pour sa part que le divorce briserait la structure familiale.
"Nous allons voir plus de couples se séparer. Nous allons voir des enfants qui ne sauront pas ou aller", assure-t-il à l'AFP.
Selon lui, le nombre de victimes de violences domestiques va "doubler" car les hommes divorcés "auront une autre occasion d'être violents" envers leurs nouvelles épouses.
"Ce n'est pas l'existence d'une porte de sortie qui ruine une famille. C'est la maltraitance. C'est l'infidélité", souligne auprès de l'AFP Onna Quizo, directrice exécutive de l'Observatoire du genre contre la violence et l'exploitation. "N'en privez pas ceux qui en ont réellement besoin".
O.Salim--SF-PST