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Mexique : des renforts à Tijuana, le prix à payer pour calmer Trump
C'est le prix à payer par le Mexique face aux menaces de taxes douanières de Donald Trump : des agents de la Garde nationale patrouillent depuis jeudi sur la plage de Tijuana (nord-ouest), au pied du mur frontalier avec les États-Unis.
Les habitants observent avec scepticisme ce déploiement de troupes promis par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum pour lutter contre le trafic de drogue et l'immigration, les raisons invoquées par le président américain pour taxer les importations mexicaines à 25%.
"Ce sont des accords politiques", soupire Armando Jauregui, un Mexicain de 35 ans, vendeur dans un magasin hors taxes près de la frontière de San Ysidro, le plus grand passage frontalier de l'hémisphère occidental.
"C'est juste pour essayer de faire bien pour qu'ils ne nous augmentent pas les tarifs douaniers", ajoute-t-il.
Les deux chefs d'Etat ont annoncé lundi une pause d'un mois dans l'application de ces taxes annoncées samedi, qui avaient inquiété Wall Street et les secteurs économiques mexicains (83% des exportations mexicaines partent aux Etats-Unis).
Près de 2.000 hommes en uniformes ont été assignés à Tijuana, sur un total de 10.000 qui seront déployés tout au long des 3.100 km de frontière entre les deux pays après l'accord annoncé lundi par Trump et Sheinbaum.
- "Presque inutile" -
Équipés d'armes longues et le visage couvert, une douzaine de gardes nationaux s'installent sur le belvédère principal de la plage, un point très fréquenté par les locaux et les touristes, mais qui sert également de passage aux migrants.
José Luis Zuñiga, un vendeur d'artisanat de 73 ans, relève la présence "de l'armée, de la Garde nationale, de la Marine et aussi de la police d'État (de Basse-Californie)".
La Basse-Californie a comptabilisé 2.368 assassinats en 2024, soit 7,9% du total national, devenant ainsi le deuxième Etat le plus violent du pays après Guanajuato (centre), selon les chiffres officiels.
Face à cette spirale de violence, MM. Jauregui et Zuñiga ne se font pas d'illusions sur l'efficacité de la présence des militaires. "Les affaires continuent. Si vous attrapez un +Chapo+ (le chef de cartel de drogue Joaquin Guzman), un autre +Chapo+ sortira demain, si vous attrapez un +Mayo+ (Ismael Zambada, associé du Chapo), un autre +Mayo+ sortira demain”, observe M. Jauregui.
Déployer plus d'agents à la frontière est "presque inutile" pour lutter contre le trafic de drogue, va jusqu'à dire M. Zuñiga.
"Ils surveillent pour que les gens ne traversent pas, mais ici on ne voit aucun mouvement de drogues. Il doit y avoir une autre manière de les faire passer", pense-t-il.
- Renforcement de la clôture frontalière -
De l'autre côté de la frontière, des "marines" américains installent de grands rouleaux de fil de fer barbelé pour renforcer encore plus la clôture qui sépare les deux pays.
Donald Trump a ordonné l'envoi de 1.500 militaires supplémentaires dans la zone frontalière, opération qualifiée d'"urgence nationale" au même titre que les expulsions massives de migrants illégaux.
Les travaux se déroulent devant la modeste maison d'Araceli Lopez, qui travaille dans un restaurant de cuisine traditionnelle.
Le bruit des machines empêche sa famille de se reposer, dit-elle. "Ils renforcent la frontière pour que les migrants ne puissent pas passer de l'autre côté (...). Je ne suis pas d'accord car nous, les Mexicains, sommes des travailleurs et nous allons (aux États-Unis) pour avoir une meilleure vie", dit la femme de 35 ans.
Un agent de la Garde nationale, qui a refusé d'être identifié car il n'était pas autorisé à faire des déclarations, a indiqué attendre l'arrivée de renforts déjà "en route" vers Tijuana.
L'AFP a constaté mardi l'arrivée à l'aéroport de Tijuana de deux avions militaires avec 500 membres de la Garde nationale.
En Basse-Californie, le gouvernement a assigné 3.010 éléments, dont 1.949 à Tijuana, 500 dans la ville voisine Tecate et 561 à Mexicali, selon un document officiel.
Dans les cinq autres États frontaliers avec les États-Unis, la répartition des troupes prévoit 1.987 agents pour Sonora, 2.620 pour Chihuahua, 1.017 pour Coahuila, 623 pour Nuevo Leon et 743 pour Tamaulipas.
B.Khalifa--SF-PST