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Corée du Sud: le président suspendu Yoon se défend lors de son procès en destitution
Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol, suspendu de ses fonctions, a assisté mardi pour la première fois à une audience de son procès en destitution et s'est défendu devant les juges qui se prononceront entre la perte définitive de son titre et son retour aux affaires.
M. Yoon s'est vu confisquer le pouvoir le 14 décembre par l'Assemblée nationale, qui a adopté une motion de destitution contre lui pour son éphémère imposition de la loi martiale 11 jours plus tôt.
"Je répondrai à toutes les questions ou ferai d'autres remarques si nécessaire", a déclaré M. Yoon, qui a été autorisé à sortir du centre de détention où il est incarcéré, pour se présenter à l'audience.
Interrogé par un juge, le dirigeant déchu a démenti avoir ordonné à l'armée de "faire sortir" les députés du Parlement pour les empêcher de voter contre sa déclaration de loi martiale.
Plusieurs milliers de manifestants, contre et en faveur du président suspendu, s'étaient rassemblés mardi devant la Cour constitutionnelle.
Les huit juges de la Cour constitutionnelle ont jusqu'à la mi-juin pour entériner sa sanction et le démettre définitivement, ou lui rendre son siège. Six voix sont requises pour éventuellement confirmer sa déchéance.
Le dirigeant conservateur, qui avait résisté à une première descente sur mandat des autorités, a été arrêté et placé en détention le 15 janvier. Un fait sans précédent pour un chef de l'Etat sud-coréen titulaire, qu'il reste officiellement jusqu'à la décision de la Cour.
Avec son équipe juridique, M. Yoon défend l'idée selon laquelle la mesure choc était nécessaire face à une fraude électorale, l'opposition ayant remporté haut la main le scrutin législatif d'avril 2024. Avec à la clef une majorité écrasante au Parlement.
Yoon Suk Yeol a aussi plusieurs fois évoqué des "forces communistes nord-coréennes" et autres "éléments hostiles" qui menaceraient la Corée du Sud, notamment lors de son discours de proclamation de la loi martiale.
L'ancien procureur vedette, qui n'était pas apparu aux deux premières audiences des 14 et 16 janvier, est le seul président sud-coréen à être venu à son procès en destitution.
Ni Park Geun-hye (destituée puis emprisonnée) ni Roh Moo-hyun (rétabli) n'ont assisté aux leurs.
En cas de destitution, une nouvelle élection présidentielle devra être organisée dans les 60 jours.
- "Refus continu de coopérer" -
Yoon Suk Yeol est accusé d'avoir fait vaciller la jeune démocratie sud-coréenne en déclarant par surprise la loi martiale le 3 décembre, dans un coup de force qui a ravivé le douloureux souvenir de la dictature militaire.
Au sein du Parlement cerné par des soldats, un nombre suffisant de députés était toutefois rapidement parvenu à déjouer ses plans, alors que des milliers de manifestants prodémocratie criaient leur indignation dehors.
M. Yoon est visé par plusieurs enquêtes dont une pour "rébellion", un crime passible de la peine de mort. En détention provisoire, il repousse les convocations du CIO, l'agence anticorruption qui centralise les investigations criminelles sur lui et veut l'interroger.
Le CIO a expliqué dans un communiqué avoir tenté de le contraindre à obtempérer mais dit s'être heurté à son "refus continu de coopérer".
"Désobéir au mandat d'arrêt et refuser de témoigner vont progressivement être considérés comme des facteurs en sa défaveur dans son procès en destitution", estime auprès de l'AFP l'avocat Kim Nam-ju.
Le président déchu ne reconnaît pas la légalité de l'enquête criminelle et a promis de se "battre jusqu'au bout", haranguant ses soutiens par le biais de lettres transmises via ses avocats.
Avant l'aube dimanche, des centaines de ses partisans en furie ont pris d'assaut le tribunal responsable de son maintien derrière les barreaux.
M. Yoon avait, la veille, comparu devant les juges, une première depuis sa mesure choc. Avec comme objectif, selon son équipe juridique, de "restaurer son honneur" en expliquant "la légitimité de la loi martiale"
Des dizaines de personnes ayant participé à l'attaque sans précédent du palais de justice ont été arrêtées, a rapporté lundi la police, faisant état de 51 blessés dans ses rangs.
W.Mansour--SF-PST