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A Metz, les CRS se battent entre eux pour s'entraîner
Vraies lacrymos, mais des balles de tennis à la place des pavés. A Metz, des CRS en affrontent d'autres lors d'un entraînement en conditions quasi-réelles, jusqu'aux slogans des faux manifestants.
Entre réforme des retraites et grands événements sportifs à venir, de la Coupe du monde de rugby aux Jeux olympiques, les CRS doivent se tenir prêts à gérer des foules parfois hostiles, dont l'attitude a changé, explique Renaud Hock, capitaine de la Compagnie républicaine de sécurité 36.
Sur la base du 3e régiment de hussards, il entraîne ses hommes – et femmes (la compagnie en compte trois) - en commençant par l'évacuation d'un sit-in de militants anti-nucléaires joués par... de vrais policiers. Face au risque de blessures, hors de question d'embaucher des civils pour servir de "plastron".
Au bout du terrain, une quinzaine de manifestants fictifs, affublés de chasubles jaune et orange fluo, s'avancent vers leurs collègues en scandant "Le nucléaire, c'est trop cher !", avant de s'asseoir sur la chaussée, comme pour bloquer la circulation.
Face à ces manifestants plutôt pacifiques, l'intervention se veut "méthodique", souligne un superviseur. "On prend le temps. On va jouer sur l'effet de fatigue car il n'y a pas de violence".
Une section (15 hommes) retire alors casques, boucliers et matraques pour venir au contact des faux écolos, qui forment une chaîne humaine en croisant bras et jambes avec ceux du voisin.
"Ne prenez pas mon copain !", crient les uns. "Tenez-bon les gars !", lancent les autres, tandis qu'un par un, les manifestants sont exfiltrés en dehors d'un périmètre déterminé. Une deuxième section, totalement équipée, forme autour des écolos "un rideau d'isolement" pour éviter que les évacués ne reviennent s'asseoir. "Sinon, c'est sans fin", explique un participant.
- Dissolvant contre bitume -
"Le maintien de l'ordre, c'est beaucoup de négociation et de discussion avec les gens en face. Rentrer dans une action d'utilisation de la force n'est pas le but. On doit s'y préparer, le gérer, mais ce n'est pas l'objectif principal", avance le commissaire Thibaut Rebourg, 40 ans, directeur zonal adjoint des CRS Est.
Les policiers doivent s'adapter aux techniques non violentes, de plus en plus fréquentes. "On a déjà eu affaire à des manifestants qui se collaient les mains au bitume. En face, on devait utiliser du dissolvant", jure son homologue à la 36, le commandant de police Pierre Tricart.
Un deuxième exercice consiste à refouler une foule de plus en plus hostile, avec un usage gradué de la force.
Après une première vague de refoulement, les CRS tirent des grenades lacrymogènes en direction de manifestants qui leur jettent des balles de tennis en guise de pavés. Puis ils s'entraînent à évacuer un blessé.
"Le maintien de l'ordre, ça peut-être impressionnant en raison du bruit, de la foule, de l'anonymat, du mouvement, de la fumée", observe le capitaine Hock, 52 ans. "Il faut être formé. Apprendre à distinguer les manifestants. Et bien encadrer les plus jeunes CRS qui peuvent prendre peur dans ce genre d'événement."
- "Bien accueillis" -
Ces dernières années, les mouvements sociaux ont changé, pointe-t-il. "Que ce soit l'intensité, les techniques ou les moyens utilisés, comme les black blocs ou des engins incendiaires qui n'existaient pas à l'époque".
"Nous les CRS, on est un peu les couteaux suisses de la police", poursuit-il. "On doit être capables de passer, parfois dans une même journée, à une gestion des foules, à un match de foot, à une sécurisation d'un lieu ou à un renfort de lutte contre l'immigration. Tout en étant projeté à n'importe quel endroit du territoire. C'est dans notre ADN et on doit s'entraîner pour être préparé à ça."
Dans certaines villes, ses hommes le savent, ça chauffe parfois plus qu'ailleurs. "Typiquement, il y a des régions qui sont identifiées depuis toujours comme étant des nids de gens extrêmes comme la Corse, Nantes, Rennes ou Paris", commente le capitaine Hock.
"Il y a toujours un pourcentage de gens qui sont contre tout, notamment contre l'Etat, et qui s'en prennent à nous juste parce qu'on représente l'autorité et qu'on défend les institutions", soupire-t-il.
"La plupart du temps, on est quand même bien accueillis par les gens en tant que policiers. Ils sont contents de pouvoir manifester en sécurité. Et en vérité, 80% des manifestations se passent bien, mais on n'en parle jamais."
F.AbuShamala--SF-PST