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France 2026: Perspectives
Après les élections législatives anticipées de 2024, l’Assemblée nationale est restée sans majorité claire. Cette fragmentation a entraîné une succession de gouvernements minoritaires en 2025. Michel Barnier puis François Bayrou ont tenté de diriger le pays, mais Bayrou a été renversé début septembre lors d’un vote de confiance (364 voix contre 194) après avoir présenté un plan d’économies drastiques. Dans son plaidoyer avant le vote, il a défendu la nécessité de réduire la dette publique en expliquant que la soumission à la dette était « comme une soumission par la force » et faisait perdre la liberté du pays. Après cette chute, Emmanuel Macron a remercié son gouvernement et a rappelé Sébastien Lecornu. Ce dernier, investi pour la seconde fois à Matignon, a promis de mettre fin à la crise en présentant rapidement un budget 2026 et en suspendant la réforme des retraites jusqu’en 2028 afin d’obtenir le soutien des députés socialistes.
Budget, austérité et mobilisation sociale
Le déficit public atteignait environ 5,8 % du PIB en 2024, un niveau proche du double du plafond européen. Pour 2025, les prévisions annonçaient une dette sociale dépassant 23 milliards d’euros et un déficit social pouvant grimper à 30 milliards en 2026. Face à ces chiffres, le gouvernement a présenté un projet de loi de financement de la sécurité sociale avec des économies et des mesures pour geler l’âge légal de départ à la retraite. Ce texte a été adopté le 9 décembre de justesse, par 247 voix contre 234, grâce au soutien du Parti socialiste, au prix de concessions qui ont fâché les Républicains et une partie de la majorité présidentielle.
Ces politiques d’austérité ont provoqué une contestation d’ampleur. Le 18 septembre, les syndicats ont organisé 260 manifestations et une grève générale pour dénoncer les coupes budgétaires, entraînant la fermeture de neuf pharmacies sur dix, des perturbations dans les écoles et une baisse temporaire de la production d’électricité. Deux semaines plus tard, plus de 80 000 personnes ont encore défilé à travers la France pour exiger le retrait des coupes et un partage plus équitable de l’effort.
Montée de l’extrême droite et incertitude électorale
Dans ce contexte de blocage, l’extrême droite a progressé. Un sondage OpinionWay publié début octobre plaçait le Rassemblement National et ses alliés autour de 35 % des intentions de vote pour de possibles élections législatives, dix points devant une alliance de gauche fragmentée. L’effondrement des alliances traditionnelles et la succession des gouvernements minoritaires ont renforcé l’idée d’un pays ingouvernable. Marine Le Pen, fragilisée par une condamnation qui lui vaut une interdiction de candidature, a désigné son protégé de 30 ans, Jordan Bardella, comme figure de relève. À la faveur de la crise, Bardella apparaît désormais comme favori pour la présidentielle de 2027, selon certains sondages.
Face à cette percée, Emmanuel Macron a promis dans son adresse du Nouvel An de rester « au travail jusqu’à la dernière seconde » de son mandat et de garantir que la présidentielle se déroulera sans ingérence extérieure. Il souhaite faire de 2026 une « année utile », marquée par l’adoption d’un budget, la protection de la jeunesse contre les réseaux sociaux et l’examen d’un projet de loi visant à interdire l’accès des moins de 15 ans aux plateformes de partage dès septembre 2026.
État de droit et affaires judiciaires
L’actualité de 2025 a aussi été marquée par la confirmation de la condamnation de l’ancien président Nicolas Sarkozy pour financement illégal de sa campagne de 2012. Le 26 novembre, la Cour de cassation a confirmé la peine d’un an de prison aménageable, dont six mois avec sursis, prononcée en 2021 et en 2024, estimant que le dépassement du plafond légal avait été établi. L’ancien chef de l’État, qui avait déjà été incarcéré brièvement dans un autre dossier, a annoncé vouloir saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Cette décision judiciaire renforce la défiance envers les anciennes élites et nourrit les discours populistes.
Leadership international et soutien accru à l’Ukraine
Malgré les turbulences internes, la France a affirmé son rôle de puissance d’équilibre en Europe. En mars 2025, Emmanuel Macron a annoncé une aide militaire supplémentaire de deux milliards d’euros pour l’Ukraine comprenant missiles antichars et antiaériens, véhicules blindés, drones et avions de chasse Mirage. Il a également insisté sur le maintien des sanctions contre Moscou et dénoncé les tentatives russes de réinterpréter les accords de cessez-le-feu. Au début de septembre, une conférence à Paris a réuni 26 pays qui ont promis d’accorder à l’Ukraine des garanties de sécurité post‑conflit, certaines nations offrant de former et équiper les forces ukrainiennes, tandis que la France et le Royaume‑Uni se disent prêts à déployer des troupes une fois la guerre terminée.
Le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a rappelé que ce soutien transcende les clivages partisans et que les crédits de défense resteront sanctuarisés. En novembre, l’Union européenne a conclu un accord pour fournir 90 milliards d’euros d’assistance financière à Kiev sur la période 2026‑2027, et un groupe de travail dirigé par la France et le Royaume‑Uni a été créé pour utiliser les avoirs russes gelés afin d’assurer le financement à long terme. Les dirigeants français, allemand et britannique ont aussi réaffirmé leur soutien indéfectible au président Zelenskyy.
Perspectives pour 2026 : un tournant pour l’Europe et la France
La fin de l’année 2025 a montré que l’Ukraine demeurait au cœur des préoccupations européennes. Volodymyr Zelenskyy a annoncé qu’une réunion des conseillers nationaux de sécurité de la « coalition de la volonté » se tiendrait à Kiev le 3 janvier 2026, avant un sommet des dirigeants à Paris le 6 janvier. Emmanuel Macron a confirmé que cette réunion déboucherait sur des engagements concrets de protection pour l’Ukraine, incluant des garanties sécuritaires, une force de maintien de la paix européenne et l’éventualité d’un recours à la force en cas de nouvelle agression. Lors de son discours du Nouvel An, il a appelé à accélérer l’édification d’une défense européenne et à renforcer l’indépendance du continent.
Sur le plan intérieur, 2026 s’annonce déterminante. Le gouvernement Lecornu doit faire adopter un budget de l’État qui rétablisse la confiance sans briser le filet social. La prolongation du gel de la réforme des retraites et la proposition d’interdire les réseaux sociaux aux mineurs traduisent la volonté de désamorcer la colère sociale et de protéger la jeunesse. En même temps, la majorité présidentielle tente d’éviter une dissolution de l’Assemblée qui pourrait offrir une victoire à l’extrême droite.
Conclusion : tenir bon pour l’Ukraine et pour la France
Le bilan politique de 2025 est celui d’une République bousculée par l’instabilité, les restrictions budgétaires et la montée des extrêmes. Pourtant, la France continue de jouer un rôle central dans la défense de l’ordre international et dans le soutien à l’Ukraine. L’année 2026 sera cruciale : elle devra être celle du compromis budgétaire et de l’unité nationale tout en consolidant l’aide à Kiev. C’est à ce prix que la France pourra se projeter sereinement vers 2027 et maintenir sa crédibilité internationale.
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