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Pour ses premiers résultats en Bourse, SpaceX fait mieux que prévu mais ne rassure pas
Avec un chiffre d'affaires presque doublé, SpaceX a dépassé mardi les attentes pour ses premiers résultats en Bourse, sans enrayer toutefois la chute du titre: la location de centres de données pour l'intelligence artificielle (IA) lui rapporte désormais des milliards, mais lui en coûte bien davantage.
Le chiffre d'affaires a atteint 7,8 milliards de dollars au deuxième trimestre (+92% sur un an) et la perte nette a été ramenée à 541 millions, très en-dessous de l'anticipation des analystes.
Malgré les déclarations enthousiastes d'Elon Musk sur ses ambitions de remplir l'espace de satellites pour internet et pour le calcul de l'IA, l'action du groupe perdait environ 7% dans les échanges d'après-clôture à Wall Street.
Prodigue en promesses à long terme lors de sa première conférence devant les investisseurs, l'homme le plus riche du monde s'est peu étendu sur les 18,4 milliards de dollars investis sur le seul trimestre. Un niveau de dépenses qui devrait se répéter au cours des deux prochains trimestres, selon le groupe.
Les premiers résultats publics de SpaceX étaient très attendus: introduite en Bourse le 12 juin lors d'une opération record qui lui a rapporté 85,7 milliards de dollars, l'entreprise a vu son action perdre environ la moitié de sa valeur depuis son sommet de juin.
"Un chiffre d'affaires plus élevé dans l'IA ne rassure pas le marché si la perte qui l'accompagne grossit elle aussi", a commenté Gadjo Sevilla, analyste du cabinet Emarketer, joint par l'AFP.
- Puissance de calcul en location -
Les revenus de la branche IA ont toutefois triplé en un trimestre, à 2,6 milliards de dollars, portés essentiellement par la location de la puissance de calcul des centres de données géants du groupe.
Depuis juillet, le champion de l'IA Anthropic verse 1,25 milliard de dollars par mois à SpaceX, qui encaissera aussi 920 millions mensuels de Google à partir de l'automne.
Cette activité, dont la pérennité fait débat, couvre désormais ses coûts de fonctionnement, avec un trimestre d'avance sur les attentes, mais reste plombée par les lourds investissements.
SpaceX a par ailleurs annoncé avoir signé, depuis début juillet, pour 6,7 milliards de dollars de nouveaux contrats de location de calcul, portant sur six mois à partir d'octobre, sans préciser l'identité des clients.
Ces locations s'affirment comme le principal moteur de croissance du groupe. Son directeur financier, Bret Johnsen, a assuré que ces nouveaux investissements se remboursent "en moins d'un an".
Au sein de cette branche, qui regroupe aussi le réseau social X et le robot conversationnel Grok, la publicité sur X recule en revanche de 14% sur un an, à 367 millions de dollars.
Pour l'heure, Starlink, l'internet par satellite, reste la première activité du groupe, et la seule nettement rentable: 12 millions d'abonnés, deux fois plus qu'il y a un an, pour 4,3 milliards de dollars de revenus trimestriels. Avec 1,7 million de clients supplémentaires, le groupe signe son meilleur trimestre de recrutement.
Ces résultats illustrent la mutation d'un groupe qui n'est plus seulement une entreprise de fusées: les lancements, cœur historique de SpaceX, n'ont représenté qu'à peine plus d'un dixième des revenus trimestriels, et perdent de l'argent.
- "La majorité de l'internet mondial"? -
Le groupe, qui exploite déjà quelque 10.200 satellites, assure construire les infrastructures nécessaires à "des milliers" de lancements par an de sa fusée Starship, contre 78 lancements, toutes fusées confondues, au premier semestre.
Les promesses de Musk -- une masse inédite de satellites nouvelle génération et, à terme, des centres de données en orbite -- dépendent de cette démultiplication des tirs, eux-mêmes corrélés aux progrès de récupération des propulseurs et des vaisseaux.
Elon Musk a assuré que les premiers satellites dédiés au calcul pour l'IA seraient lancés "l'année prochaine" et que SpaceX construirait désormais ses capacités exclusivement sur les puces de Nvidia.
"Il n'est pas exclu qu'à terme Starlink fournisse la majorité de l'internet mondial", a-t-il aussi lancé, à un horizon de "moins de dix ans".
L'entreprise a par ailleurs engrangé au deuxième trimestre plus de 6 milliards de dollars de contrats de la Space Force, la branche des armées américaines dédiée à l'espace, pour son réseau militaire sécurisé Starshield.
Ces contrats publics consolident une relation de dépendance mutuelle entre l'État américain et le groupe d'Elon Musk -- par ailleurs soutien financier du camp républicain --, SpaceX étant devenu difficilement remplaçable pour l'accès à l'espace comme pour les communications militaires.
Pour les investisseurs, estime Gadjo Sevilla, la question est désormais la suivante: l'importante trésorerie dégagée par Starlink est-elle "durable et suffisante pour financer l'IA et Starship, deux activités lourdement déficitaires qui grandissent désormais plus vite que prévu"?
O.Farraj--SF-PST