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SpaceX entre en Bourse: cinq choses à savoir avant d'acheter le rêve de Musk
En misant sur SpaceX, les investisseurs achètent le rêve d'Elon Musk: des centres de données pour l'intelligence artificielle (IA) en orbite et des humains sur Mars. Une prise de risque assortie de droits de vote limités, de recours judiciaire restreints et d'une certitude initiale: des milliards de pertes annuelles.
- Le pari Musk -
La notoriété d'Elon Musk et sa réussite à bâtir des géants mondiaux comme Tesla puis SpaceX ont forgé sa réputation: celle d'un visionnaire, qui voit frémir les nouvelles technologies prometteuses et les transforme en champion industriel planétaire.
La valorisation astronomique de SpaceX, près de 1.800 milliards de dollars, repose sur le pari que cette série de succès passés hors norme se poursuivra jusqu'à l'accomplissement de ses rêves spatiaux.
En l'état, rien dans son cœur de métier ne cadre avec un tel montant: l'entreprise grossit vite, mais perd de l'argent. À ce tarif, l'action vaudrait environ 94 fois le chiffre d'affaires 2025 ; le cabinet d'analyse Morningstar estime la juste valeur du groupe autour de 780 milliards de dollars, largement moitié moins.
Le chiffre d'affaires a bondi à 18,7 milliards de dollars en 2025, en hausse de 33% sur un an, mais les coûts ont grimpé plus vite encore, creusant une perte nette de 4,9 milliards. Au premier trimestre 2026, le groupe en a déjà reperdu 4,3.
Le document d'introduction en Bourse promet que l'entreprise s'adressera à un marché total de 28.500 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB des Etats-Unis. Le vrai pactole, selon SpaceX, viendra de l'accès à internet via ses satellites Starlink et, surtout, de l'IA servie par des centres de données expédiés dans l'espace par fusée. Sauf que sa branche concernée, xAI, ne tient pas la cadence de ses rivaux et ses revenus plafonnent autour de 500 millions de dollars, une fraction de ceux d'OpenAI ou d'Anthropic.
- Musk garde les commandes -
Même après l'arrivée d'une nuée d'actionnaires, Elon Musk gardera la haute main sur l'entreprise.
Le mécanisme est simple. Les petits porteurs reçoivent des actions de catégorie A: une voix chacune. M. Musk, lui, détient des actions de catégorie B qui pèsent 10 voix l'unité. Résultat, ses droits de vote submergent les autres: environ 82% du total.
Ce système n'a rien d'inédit: Google, Meta ou Snap l'ont déjà employé pour garder leurs fondateurs aux commandes, même une fois cotés.
- Poursuites verrouillées -
Échaudé par des années de plaintes d'actionnaires de Tesla, cotée de longue date, M. Musk a transformé SpaceX en forteresse juridique.
Toute action en justice devra être portée devant un tribunal de commerce spécialisé du Texas. Et si un juge s'y refuse, le litige file en arbitrage privé, sans jury ni recours collectif ("class action"), privant les actionnaires de leur principale arme face aux grands groupes.
Le document admet le "risque" qu'un tribunal invalide ces clauses un jour. Mais d'ici là, ce sera la règle.
- Place aux particuliers -
Pour séduire ses légions de partisans, SpaceX réserve 30% des actions de l'opération pour les particuliers. Dans une introduction classique, les grandes maisons de Wall Street se taillent la part du lion. Cette fois, les particuliers ont une rare occasion de participer à la bataille.
Pourquoi ça compte? Parce que cela change la composition de l'actionnariat dès le premier jour. En ouvrant grand la porte aux particuliers, l'entreprise répartit la propriété au-delà des fonds spéculatifs et des fonds communs, plus susceptibles de tiquer devant la réalité des comptes.
Cela peut aussi rendre l'action plus volatile d'entrée: si une foule d'enthousiastes se rue dessus, le cours peut s'envoler d'un coup.
- Un achat quasi imposé -
Reste l'effet le plus mécanique. Plus de 60% des actions américaines sont aux mains de fonds passifs, qui se contentent de répliquer un indice comme le Nasdaq 100. Or le Nasdaq a changé ses règles en mai pour permettre à de très grosses capitalisations comme SpaceX, susceptible de peser fort sur l'indice, de l'intégrer en 15 séances au lieu de trois mois.
Ces fonds, dont ceux abritant l'épargne-retraite de nombreux Américains, devront donc faire de la place au nouveau venu, déclenchant une vague d'achats de titres SpaceX et de ventes d'autres valeurs.
Et comme 4% seulement du capital seront mis sur le marché lors de cette opération, tous ces acheteurs confondus, fonds indiciels ou fans de Musk, se disputeront un volume de titres minuscule. Ce qui pourrait faire flamber le cours.
R.Shaban--SF-PST