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Airbus, Thales et Leonardo scellent leur alliance dans le spatial pour rivaliser avec Starlink
Les poids lourds européens Airbus, Thales et Leonardo ont signé jeudi un protocole d’accord en vue de fusionner leurs activités dans les satellites, un méga-projet destiné à contrer la domination de Starlink, la constellation d’Elon Musk, et à renforcer la souveraineté de l'Europe.
Le "champion européen" ainsi créé emploiera quelque 25.000 personnes à travers l'Europe, pour un chiffre d'affaires attendu de 6,5 milliards d'euros (calculé sur la base de l'année 2024) et un carnet de commandes représentant plus de trois années de ventes.
Il sera opérationnel en 2027 si la Commission européenne donne son feu vert, selon les signataires.
"Dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue, nous avons besoin de champions du spatial à l’échelle de l’Europe. C’est le seul moyen (...) pour être plus compétitifs", a réagi Philippe Baptiste, ministre français de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et ancien patron du Cnes, l'agence spatiale française.
La domination de SpaceX, qui déploie à bas coût ses constellations de satellites en orbite basse, la chute de la demande en télévision par satellite et la complexité de la gouvernance spatiale européenne ont plongé le secteur dans une crise profonde, fragilisant les poids lourds européens dont la spécialité reste les gros satellites géostationnaires, placés à 36.000 km d’altitude.
L'Europe a ainsi perdu la moitié du marché des satellites en dix ans.
L'aboutissement du projet de fusion, baptisé Bromo, est "une excellente nouvelle", s'est également félicité le ministre français de l'Economie Roland Lescure, pour qui "la création d’un champion européen des satellites" permettra de "renforcer notre souveraineté européenne".
Le siège social de la nouvelle entité sera basé à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, où Airbus, Thales Alenia Space et Leonardo disposent déjà d’importantes implantations en ingénierie, production et recherche.
Cinq ans après la finalisation, la fusion permettra des économies annuelles de "plusieurs centaines de millions d'euros" grâce au regroupement des équipes et au partage des technologie, selon un communiqué d'Airbus.
- "Monopole"? -
Airbus, Leonardo et Thales détiendront respectivement 35%, 32,5% et 32,5% du capital. L'entreprise fonctionnera sous contrôle conjoint, avec "une gouvernance équilibrée", selon Leonardo.
Des syndicats ont toutefois mis en garde contre le "monopole" que créerait cette fusion et prévenu que les suppressions d'emploi en cours dans les branches spatiales d'Airbus et Thales mettaient "en péril le maintien des compétences".
Pour la CGT Métallurgie, la raison de cette fusion est "de créer un monopole permettant d'imposer ses prix et d'affaiblir le pouvoir des agences" spatiales française Cnes et européenne ESA.
Dans un communiqué mardi, le syndicat a fait valoir qu'Airbus et Thales Alenia Space avaient déjà "un carnet de commandes record qu'ils (avaient) du mal à honorer".
Le syndicat FO Métaux a estimé jeudi que cette fusion ouvrait "la voie à un nouvel équilibre industriel", à condition que des "savoir-faire" français soient préservés. Elle "ne peut être synonyme de perte d’emploi", a-t-il mis en garde.
"Nous avons trouvé un équilibre, qui se rapproche de ce qui a été fait avec succès il y a 25 ans avec MBDA", a assuré un haut responsable d'Airbus faisant référence au consortium européen spécialisé dans les missiles, où les principaux actionnaires européens — Airbus, BAE Systems et Leonardo — détiennent des parts équilibrées et exercent un contrôle conjoint sur les décisions stratégiques.
La souveraineté des Etats sera "préservée" avec de "fortes fonctions transversales", a-t-il ajouté.
- Airbus de l'espace -
Dans une interview à l'AFP début octobre le patron de l'ESA Josef Aschbacher avait promis de soutenir Bromo "par tous les moyens".
"Nous avons vu la force de l'industrie européenne dans l'aviation avec Airbus, qui domine le secteur. Le secteur de l'espace est plus petit, par conséquent, l'Europe doit être encore plus alignée", avait-t-il estimé.
Face à la crise des satellites de télécommunication européens, "nous avons malheureusement dû effectuer des réductions de coûts (en supprimant des emplois, ndlr) au cours des deux dernières années", a souligné le responsable d'Airbus jeudi.
"Avec un marché en croissance, nous ne voyons à ce stade aucune fermeture de site ou autre mesure spectaculaire", a-t-il assuré.
Thales a pour sa part indiqué jeudi que compte tenu du gain d'un important contrat lié à la future constellation européenne de satellites Iris², la suppression de postes dans sa branche spatiale avait été "suspendue", après avoir déjà redéployé 75% de salariés.
A.Suleiman--SF-PST