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Nvidia s'en sort mieux que prévu mais s'attend à un fort impact chinois au prochain trimestre
Le géant américain des semi-conducteurs Nvidia a surpassé les attentes pour les résultats du premier trimestre de son exercice décalé, grâce notamment à un impact moindre que prévu des restrictions américaines à l'export de ses puces vers la Chine, mais voit ses ventes pâtir de ces mesures pour la période en cours.
Ces restrictions ont contraint le champion des GPU, des microprocesseurs surpuissants adaptés au développement de l'intelligence artificielle (IA) générative, à passer une charge exceptionnelle de 4,5 milliards de dollars, soit en-deçà des 5,5 milliards qu'il anticipait, selon un communiqué publié mercredi.
La nouvelle a été bien accueillie par le marché et, dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de la Bourse de New York, le titre s'appréciait de plus de 4%.
La directrice financière, Colette Kress, a expliqué lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats que la société avait réussi à limiter l'effet des restrictions en ayant trouvé d'autres débouchés pour certains microprocesseurs.
Mais Nvidia n'est pas pour autant tiré d'affaire et la dirigeante a fait état d'"options limitées" pour pouvoir continuer à servir les clients chinois dans le respect de la nouvelle réglementation, qui a frappé la puce H20, pourtant conçue spécialement pour satisfaire aux exigences du gouvernement américain.
"Perdre l'accès au marché chinois de l'IA, que nous voyons atteindre près de 50 milliards (de dollars), aurait un impact négatif important pour notre activité et bénéficierait à nos concurrents en Chine et ailleurs", a prévenu Colette Kress.
En l'état, "ce marché nous est fermé", a confirmé le directeur général Jensen Huang durant la conférence téléphonique, tout en n'écartant pas la mise au point, à moyen terme, d'un microprocesseur qui passerait sous les fourches caudines du gouvernement américain.
"Les Etats-Unis ont basé leur politique sur la thèse selon laquelle la Chine ne pouvait pas fabriquer elle-même des puces IA", a commenté le patron. "Cette thèse a toujours été discutable et il est aujourd'hui clair qu'elle dispose de capacités industrielles énormes."
- Demande "incroyablement soutenue" -
Le groupe s'attend à ce que son chiffre d'affaires soit amputé de huit milliards de dollars au deuxième trimestre de son exercice comptable décalé du fait des contraintes imposées par le gouvernement américain, a révélé Colette Kress.
Nvidia table sur des revenus de 45 milliards de dollars sur le trimestre en cours, "plus ou moins 2%", a déclaré la directrice financière, fourchette qui se situe en deçà des anticipations du marché.
Kathleen Brooks, du courtier XTB, y a néanmoins vu, comme beaucoup d'analystes, le verre à moitié plein, soulignant que même privé du marché chinois, Nvidia pourrait approcher les prévisions de Wall Street.
Habitué à voir l'entreprise afficher des taux de croissance insolents depuis plus de deux ans, les investisseurs s'inquiètent, trimestre après trimestre, de voir Nvidia décélérer.
"La demande pour l'infrastructure IA de Nvidia est incroyablement soutenue", a assuré Jensen Huang.
Le patron emblématique de la firme technologique a nuancé l'effet de la fermeture à Nvidia du marché chinois en rappelant les nombreux contrats signés dans d'autres pays du monde, notamment à Taïwan et aux Emirats arabes unis pour de grands projets d'infrastructure IA.
"Il y a une puce derrière la révolution IA et c'est une Nvidia", ont estimé les analystes de Wedbush Securities.
Jensen Huang a tenu un discours optimiste sur la stratégie de Donald Trump, malgré les restrictions pour le marché chinois.
"Le président Trump (...) réalise que nous ne sommes pas le seul pays dans la course", a dit le responsable. "Il veut voir les Etats-Unis l'emporter et il comprend que nous devons diffuser nos produits dans le monde."
Au premier trimestre (de fin janvier à fin avril), le chiffre d'affaires ressort à 44,1 milliards de dollars, en hausse de 69% sur un an et au-delà des projections des analystes.
Le bénéfice net s'affiche à 18,8 milliards de dollars (+26%), et à 96 cents par action hors éléments exceptionnels, soit mieux que les 89 cents qu'indiquait le consensus établi par FactSet.
"Nvidia a dépassé les attentes mais sur un marché où il devient plus difficile de maintenir sa domination", a réagi Jacob Bourne, analyste du cabinet Emarketer.
"Les tensions commerciales et l'impact potentiel des droits de douane pourraient ralentir la demande de puces IA sur les trimestres à venir", a-t-il prévenu.
R.Shaban--SF-PST