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Comment une ancienne épidémie d'hantavirus peut éclairer la transmission de la souche Andes
Le sexagénaire, en dépit d'un début de fièvre, s'était rendu à une fête d’anniversaire dans le village d’Epuyen, dans le sud-ouest argentin. La façon dont a démarré la dernière épidémie de la souche Andes d'hantavirus, en 2018, pourrait éclairer la flambée survenue sur un bateau de croisière.
Alors que les investigations se poursuivent pour rechercher toute personne infectée en lien avec un rare foyer d'hantavirus, qui a tué trois passagers d'un navire traversant l'Atlantique, une enquête approfondie sur l'épisode argentin de 2018 décrit les indices sur la manière dont cette maladie s'était alors propagée.
Des scientifiques argentins ont analysé des échantillons provenant de la plupart des 33 personnes infectées, dont 11 sont décédées, lors de l'épidémie survenue à Epuyen. Ils ont reconstitué les interactions entre les personnes présentes lors de cette fête.
Ils ont découvert que les mesures d'isolement avaient contribué à éviter une épidémie plus importante, et que la majorité des transmissions interhumaines s'étaient produites le premier jour, quand la personne infectée avait de la fièvre.
Cela pourrait apporter des informations utiles pour les 149 personnes encore sur le MV Hondius, dont plus aucun n'a de symptômes, selon le croisiériste Oceanwide Expeditions.
- Reconstitution des faits -
Le navire, qui reliait l'Argentine au Cap-Vert, est au coeur de l'attention internationale depuis que l'Organisation mondiale de la santé a annoncé dimanche que trois passagers étaient décédés et que la cause suspectée était l'hantavirus.
En 2018, l'épidémie avait débuté lorsqu'un habitant d'Epuyen, âgé de 68 ans, a été infecté par la souche Andes, probablement après un contact avec l'urine, les excréments ou la salive de rongeurs près de son domicile. C'est généralement ainsi que les humains contractent l'hantavirus, et cette souche Andes est la seule connue comme transmissible entre humains.
Le 3 novembre de cette année-là, cet homme a assisté pendant 90 minutes à un anniversaire en compagnie d'une centaine d'autres personnes dans ce village de la province argentine de Chubut, près de la frontière chilienne.
Cinq personnes ayant été en contact avec lui ont développé des symptômes dans les semaines suivant la fête, selon une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine.
Trois personnes symptomatiques, dites "super-propagatrices", ont été à l'origine de deux tiers des infections. L'une d'elles, un homme, a contaminé six personnes "en raison de sa vie sociale active", précise l'étude. Il est décédé 16 jours après l'apparition des symptômes. Et son épouse, la troisième super-propagatrice, se sentait mal lors de sa veillée funèbre, où dix autres personnes ont été contaminées.
Pour la fête d'anniversaire, une reconstitution des faits a permis d'établir que le premier patient était à une table à moins d'un mètre de plusieurs personnes contaminées. En revanche, il n'a fait que croiser une autre personne infectée en allant aux toilettes, lui disant "bonjour" au passage.
- Lien avec la fièvre -
Lors de cette flambée, les personnes semblent avoir été contaminées surtout "par inhalation de gouttelettes", selon l'étude.
Le moment de la première apparition des symptômes de l'hantavirus était "crucial", soulignent ses auteurs. Dans plus de la moitié des cas, la transmission "a pu être établie avec précision comme étant survenue le jour de l'apparition de la fièvre chez le cas originel", expliquent-ils.
Plus de 80 professionnels de santé ont ensuite été en contact étroit avec des patients symptomatiques, sans prendre souvent de précautions particulières, et aucun n'a été infecté.
Le placement des patients symptomatiques à l'isolement par les autorités argentines et la demande faite aux cas contacts de rester en quarantaine a "probablement limité la propagation", selon l'étude du NEJM.
Dans l'épisode actuel sur un navire, des mesures d'isolement et de quarantaine ont également été mises en place pour des personnes ayant été en contact avec les passagers du paquebot.
L'ampleur de la flambée devrait être "limitée" si les mesures de santé publique sont mises en oeuvre et si les pays font preuve de "solidarité", a estimé jeudi l'OMS, jugeant "faible" le niveau de risque épidémique. L'organisation onusienne a cependant jugé "possible" d'autres cas car il peut s’écouler jusqu’à six semaines entre l’infection par l'hantavirus et l’apparition des symptômes.
O.Mousa--SF-PST