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Procès pour corruption en Espagne: un prévenu accuse directement Pedro Sánchez et le Parti socialiste
Un entrepreneur jugé pour corruption avec l'ex-ministre espagnol des Transports José Luis Ábalos, longtemps proche de Pedro Sánchez, a accusé mercredi ce dernier d'avoir été le meneur de la "bande organisée" au coeur du dossier, assurant que le Parti socialiste avait bénéficié des commissions illégales récoltées.
Dans ce procès portant initialement sur l'achat frauduleux de millions de masques pendant la pandémie de Covid-19 par des ministères, des gouvernements régionaux socialistes et d'autres institutions publiques, cet homme d'affaires, Víctor de Aldama, comparaît aux côtés de José Luis Ábalos et de son ancien conseiller Koldo García.
MM. Ábalos et García, qui sont en détention provisoire, se disent innocents, tandis que Víctor de Aldama, qui avait déjà proféré des accusations similaires à l'encontre de Pedro Sánchez et du Parti socialiste (PSOE) avant le procès, est jugé libre après avoir collaboré durant l'enquête.
L'affaire est particulièrement embarrassante pour Pedro Sánchez et le PSOE qu'il dirige car son ex-ministre des Transports de 66 ans a été une figure centrale dans son ascension politique et était celui qui décidait de tout au sein de la formation lorsqu'il en était le secrétaire général.
- "Proximité" -
Face aux juges mercredi, l'entrepreneur Víctor de Aldama a été le premier à s'exprimer et répondre aux questions, racontant notamment comment il avait rencontré l'actuel Premier ministre espagnol, par l'intermédiaire de Koldo García, se disant à la barre surpris de "la proximité" affichée alors entre ce dernier et le chef du gouvernement.
L'homme d'affaires a alors fait part de son étonnement à Koldo García, qui lui aurait répondu: "Il (Pedro Sánchez) me doit beaucoup et il sait pourquoi", a assuré Victor de Aldama à l'audience.
D'après l'accusation, l'ex-ministre José Luis Ábalos, contre qui le parquet a requis 24 ans de prison en amont des débats, aurait été le relais permettant l'accès aux contrats publics d'achat de masques, Koldo García l'intermédiaire chargé de concrétiser les opérations, et Víctor de Aldama l'homme d'affaires qui a organisé la vente de ces masques et en a retiré les bénéfices économiques.
En échange, M. Ábalos aurait reçu de l'argent et d'autres faveurs lui permettant de mener grand train, et de financer notamment ses vacances en famille ou encore le luxueux appartement de sa maîtresse à Madrid, selon le ministère public.
Mercredi, Víctor de Aldama a affirmé qu'une partie des bénéfices générés à la suite de l'attribution des marchés publics en échange de commissions a servi à financer le Parti socialiste espagnol (PSOE).
- "Au premier rang" -
"S’il y a une hiérarchie, dans cette bande organisée dont je faisais partie, M. le président du gouvernement (Pedro Sánchez) était au premier rang, M. Ábalos au rang N°2, M. Koldo García au rang N°3 et moi au rang N°4", a-t-il asséné.
Dans le viseur de l'opposition, Pedro Sánchez a, de son côté, toujours réfuté d'éventuels liens entre le trio d'accusés et l'argent dépensé par sa formation politique, et nié avoir été au courant de leurs activités frauduleuses.
Mercredi, le PSOE a de nouveau réagi aux accusations de l'homme d'affaires, qualifiant ses propos" d'injures", "d'accusations non étayées", assurant aussi qu'il prononçait "mensonge après mensonge".
"Nous n’allons pas permettre qu’on nous diffame en toute impunité. Il n’y a pas de financement illégal au PSOE. Il n’y a que les mensonges d’Aldama", a ajouté le parti dans un communiqué.
Le procès, qui s'est ouvert le 7 avril, devait s'achever théoriquement jeudi, mais il pourrait finalement être prolongé d'une journée, le 5 mai: mercredi, les trois prévenus devaient être entendus, mais seul Victor de Aldama s'est finalement exprimé. L'audience reprendra jeudi avec l'audition de Koldo García, avant celle de José Luis Ábalos, puis les conclusions des parties, avant que le jugement ne soit mis en délibéré.
L'affaire avait nourri interrogations et critiques, portées notamment par l'opposition de droite et d'extrême droite, autour de l'entourage de Pedro Sánchez sur son entourage, d'autant que José Luis Ábalos a été remplacé à son poste au PSOE par Santos Cerdán, lui aussi aujourd'hui visé par une autre enquête pour corruption et écarté du parti de gauche.
L'épouse du Premier ministre, Begoña Gómez, pourrait quant à elle bientôt être renvoyée en procès, soupçonnée d'avoir tiré parti de sa position pour ses activités privées, tandis que son frère, David Sánchez, sera jugé en mai, accusé de trafic d'influence après avoir obtenu un emploi public dans un gouvernement régional.
T.Samara--SF-PST