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Lula, le phénix brésilien qui veut diriger de nouveau le Brésil
Beaucoup le disaient mort politiquement lorsque il a été emprisonné durant 18 mois pour corruption mais, à 77 ans, Lula, icône inoxydable de la gauche latino-américaine, espère décrocher dimanche un troisième mandat à la tête du Brésil.
Favori depuis des mois de l'élection face au président d'extrême droite sortant Jair Bolsonaro, malgré un écart qui s'est réduit, Luiz Inacio Lula da Silva peut espérer un come-back spectaculaire.
L'ex-président Lula, qui a connu un destin hors norme, revient de loin.
Condamné pour corruption dans le plus grand scandale de l'histoire du Brésil, "Lavage express", il a été incarcéré d'avril 2018 à novembre 2019.
Le chef de file du Parti des Travailleurs (PT) s'est toujours dit victime d'un complot politique qui a permis à Bolsonaro d'être élu à la présidence en 2018 alors qu'il en était le grand favori.
Il avait vu l'horizon se dégager en mars 2021 après l'annulation ou la prescription de ses condamnations par la Cour suprême qui lui a permis de recouvrer ses droits politiques, sans l'innocenter pour autant.
Pour le Comité des droits de l'homme de l'ONU, l'enquête et les poursuites engagées contre Lula avaient violé son droit à être jugé par un tribunal impartial.
Aujourd'hui, 12 ans après avoir quitté le pouvoir sur un taux stratosphérique d'opinions favorables (87%) après deux mandats (2003-2010), Lula veut faire "mieux" pour les Brésiliens et réfute toute idée de vengeance.
Ce tribun charismatique à la voix rauque a parcouru l'immense Brésil, équipé d'un gilet pare-balle, et a livré un duel acharné et rarement courtois à son ennemi Bolsonaro.
- Ambitieux programmes sociaux -
Lula reste perçu comme "près du peuple" et est toujours très aimé, surtout dans les régions pauvres du Nord-Est, son fief historique.
Mais il est aussi détesté par une partie des Brésiliens pour lesquels il incarnera à tout jamais la corruption. Jair Bolsonaro avait capitalisé sur la haine du PT pour être élu en 2018.
Rien ne prédisposait Lula à un tel destin, ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 27 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).
Enfant, Lula a ciré des chaussures. Il a sept ans lorsque sa famille déménage à Sao Paulo pour échapper à la misère.
Vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail.
A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).
Cofondateur du PT au début des années 1980, il se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et en 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.
Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux, grâce aux années de croissance portées par le boom des matières premières.
Sous ses deux mandats, près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.
Lula a aussi incarné un pays qui s'ouvrait sur le monde, et a conféré au Brésil une stature internationale avec, notamment, le Mondial de football (2014) et les jeux Olympiques (2016) à Rio de Janeiro.
- Nouvel amour -
Idéaliste mais pragmatique, Lula est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre nature.
Pour cette présidentielle, son colistier est un technocrate centriste à même de rassurer les milieux économiques: Geraldo Alckmin, son adversaire lors de précédents scrutins.
Sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de sa dauphine, Dilma Rousseff, en mars 2016, avait été un échec cuisant, tout comme la destitution de celle-ci en août.
En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx.
En février 2017, l'ex-président a subi une épreuve intime avec la mort de son épouse Marisa Leticia Rocco.
Mais Lula a retrouvé un nouvel amour, Rosangela da Silva, surnommée "Janja", une sociologue militante du PT, de 21 ans sa cadette, qu'il a épousée en mai. Elle a sillonné le Brésil avec lui, prenant une part active à sa campagne.
B.Khalifa--SF-PST