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Confusion en Bosnie après des revendications contradictoires de leaders serbes
La confusion régnait tôt lundi en Bosnie où deux leaders serbes rivaux ont revendiqué une victoire cruciale lors d'un scrutin complexe qui devrait aggraver la fragilité du pays des Balkans.
Les multiples élections de dimanche ont débouché sur des revers, des victoires écrasantes et une décision surprise du Haut représentant international qui pourraient aggraver l'instabilité du petit pays pauvre divisé selon des lignes de fracture ethniques.
La Commission électorale poursuivait son décompte des voix tard dans la nuit mais l'ennemie jurée de Milorad Dodik, Jelena Trivic, a proclamé sa victoire dans la course à la présidence de la Republika Srspka, l'entité serbe du pays fracturé, après avoir mené campagne en promettant d'éradiquer la corruption tout en jouant une partition nationaliste.
"C'est la victoire du peuple", a-t-elle lancé avant de descendre dans les rues de Banja Luka, le chef-lieu de la RS, pour la célébrer. "Cela ne doit pas représenter ma victoire personnelle mais plutôt une victoire de la RS".
Milorad Dodik, qui vise un troisième mandat à la présidence de la RS, a rejeté la revendication de sa rivale, une universitaire professeure d'économie, tout en déclarant vouloir "attendre les résultats complets".
"En ce qui me concerne, j'ai gagné mais nous attendons. Je m'attends à une différence de 40.000 voix en ma faveur", a-t-il dit, accusant le camp d'en face de manquer de "sérieux".
La Bosnie est gouvernée selon un système dysfonctionnel hérité des accords de paix de Dayton qui avaient mis fin à la guerre intercommunautaire en 1995. Le pays est divisé entre la Republika Srpska et une fédération croato-musulmane, reliées par un faible pouvoir central souvent paralysé.
- Exode -
Parallèlement, tous ceux qui le peuvent choisissent l'exil face à l'absence de perspectives tant politiques qu'économiques.
Près de 500.000 personnes ont quitté le pays depuis le dernier recensement de 2013, quand il comptait 3,5 millions d'habitants, selon les estimations de l'Union pour un retour durable, une ONG locale.
Milorad Dodik, le représentant serbe sortant de la présidence collégiale, a multiplié ces derniers mois les menaces sécessionnistes qui lui ont valu des sanctions de Washington et de Londres, tout en répétant à l'envi que la Bosnie était un pays "raté".
En revanche, Zeljka Cvijanovic, juriste de 55 ans membre du SNSD de Milorad Dodik dont elle est très proche, va lui succéder dans le fauteuil serbe de la présidence tripartite du pays.
Les remous en RS ne constituent pas la seule surprise du scrutin.
Dans la communauté musulmane, Bakir Izetbegovic, le chef du SDA nationaliste qui domine la vie politique depuis des décennies et fils du premier président de la Bosnie indépendante, a essuyé une cuisante défaite. Il briguait le fauteuil musulman à la présidence tripartite face à un candidat soutenu par onze partis d'opposition.
Denis Becirovic, professeur d'histoire social-démocrate de 46 ans, qui milite pour une Bosnie "pro-européenne et unie", a obtenu plus près de 56 % des voix contre 39% à son adversaire, selon les résultats préliminaires de la commission électorale. Il a appelé chacun "à s'unir pour l'avenir. Nous n'avons plus le temps ni le droit de gâcher notre énergie dans des disputes inutiles".
Côté croate, la victoire écrasante de Zeljko Komsic qui obtient son quatrième mandat à la présidence collégiale pourrait aussi provoquer de nouvelles perturbations. Porte-drapeau d'une Bosnie "citoyenne", il est apprécié des musulmans mais honni par une grande partie des Croates qui lui dénient toute légitimité pour représenter cette communauté.
Depuis des mois, les partis croates, le HDZ conservateur en tête, réclament une modification des règles électorales, qui permettent aux Bosniaques largement majoritaires démographiquement au sein de l'entité commune d'élire de fait le membre croate à la présidence collégiale. Menaces de blocages à l'appui, ils réclament aussi de nouveaux mécanismes pour choisir leurs représentants à la chambre haute de la fédération, ce que refusent les Bosniaques.
Juste après la fermeture des urnes, le Haut Représentant international Christian Schmidt a annoncé des réformes dans l'entité croato-musulmane où aucun gouvernement n'a pu être désigné à l'issue des dernières élections de 2018 en raison des désaccords entre les deux communautés.
"Ces mesures visent à améliorer la fonctionnalité de (l'entité) et à assurer la prompte mise en oeuvre du résultats des élections", a dit dans un communiqué le Haut représentant, doté d'importants pouvoirs discrétionnaires en Bosnie.
W.Mansour--SF-PST