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Présidentielle au Brésil: Flavio Bolsonaro surfe sur le scandale
Le vent en poupe en pleine tempête. A moins de deux semaines de l'élection présidentielle au Brésil, le candidat conservateur Flavio Bolsonaro fait mieux que résister à un vaste scandale financier qui l'éclabousse. Il en tire profit.
Longtemps derrière, le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022) enregistre une nette dynamique dans les sondages avant le premier tour prévu le 4 octobre. Il est plus que jamais au coude à coude avec le chef de l'Etat sortant, le leader de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
Selon une enquête de l'institut Quaest publiée lundi, il obtiendrait 42% dans l'hypothèse d'un second tour le 25 octobre, contre 41% pour Lula. Cet écart demeure dans la marge d'erreur.
Le sénateur de 45 ans est visé par une enquête pour corruption et blanchiment en lien avec la production d'un film sur son père. Pour le financer il a obtenu de l'argent de Daniel Vorcaro, banquier détenu et accusé de l'une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du Brésil.
Mais le scandale Banco Master a également touché de plein fouet le puissant juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, bête noire des bolsonaristes.
Ce magistrat a conduit le procès à l'issue duquel Jair Bolsonaro a été condamné l'an dernier à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'Etat.
La révélation de messages de Daniel Vorcaro envoyés à un numéro attribué au juge Moraes a plongé le magistrat dans la tourmente. Le banquier y demandait de l'aide dans le but apparent de freiner l'enquête dont il fait l'objet.
Cela a déclenché une grave crise au sein de la Cour suprême, qui a éclipsé la campagne.
- "Du pareil au même" -
"Flavio Bolsonaro s'en sort mieux que Lula dans ce scandale", dit à l'AFP l'analyste politique André Rosa.
Selon lui, le camp conservateur est parvenu à faire en sorte que "des électeurs indécis associent l'image de Lula à celle du juge Moraes, ce qui permet à Flavio Bolsonaro de trouver un nouveau souffle".
"Voter Lula, c'est voter Moraes", a asséné Flavio Bolsonaro la semaine dernière.
"Alexandre de Moraes et Lula, c'est du pareil au même, c'est la perception de la population brésilienne", ajoute le sénateur Rogerio Marinho, chef de la campagne du fils Bolsonaro, qualifiant le juge de "popstar de la gauche".
Le président sortant, âgé de 80 ans, tente de prendre ses distances vis-à-vis du magistrat: "S'il est coupable, il doit payer", a-t-il martelé.
Mais il maintient qu'"Alexandre de Moraes a fait un travail extraordinaire pour garantir la démocratie" face au camp Bolsonaro.
Une étude réalisée par l'entreprise d'analyse de données Datrix a montré que les mentions sur les réseaux sociaux concernant le juge Moraes et ses déboires ont surpassé celles qui faisaient référence aux liens présumés de Flavio Bolsonaro avec le scandale Banco Master.
- "Antisystème" -
Pour Geraldo Monteiro, professeur en sciences politiques à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, ce scandale tend à favoriser des candidats "antisystème", une image déjà cultivée par Jair Bolsonaro quand il s'est fait élire en 2018.
"L'image générale qui parvient à la population est la suivante: la politique est un marécage de corruption", explique cet expert, qui juge par ailleurs la campagne du président actuel "un peu froide".
Pour Laercio Barbosa, professeur de chimie de 70 ans qui votera Lula, les sondages sont "inquiétants".
La campagne de l'ancien leader syndical "doit se rendre compte qu'aujourd'hui, malheureusement, le discours antisystème est entre les mains de la droite", a-t-il estimé lors d'un meeting à Guarulhos, près de Sao Paulo (sud-est).
Marco Aurelio de Carvalho, un des coordinateurs de cette campagne, considère que la progression de Flavio Bolsonaro est "naturelle" face à la "polarisation".
"La crise de la Cour suprême n'est pas notre crise. Ils essaient de nous la mettre sur le dos", affirme-t-il à l'AFP.
Se repositionnant sur le terrain social, Lula a annoncé la semaine dernière une augmentation du montant de la Bolsa Familia, allocation versée aux familles les plus pauvres.
La création de cette aide a fortement contribué à sa popularité lors de ses deux premiers mandats (2003-2010).
Le timing de l'annonce de cette revalorisation, si proche du scrutin, a été critiqué par ses opposants.
I.Yassin--SF-PST