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Hasan Piker, l'influenceur de gauche devenu radioactif pour les démocrates américains
"J'en ai ma claque! Je ne veux plus que les journalistes m'interrogent sur Hasan Piker!" Cette exclamation mercredi de Debbie Dingell, députée américaine, confirme la nervosité du Parti démocrate face à cet influenceur de gauche, accusé d'antisémitisme.
Le Parti républicain, en mauvaise posture avant des élections législatives cruciales à l'automne, les "midterms", en a fait une cible privilégiée.
Les démocrates espèrent reprendre le contrôle d'une, voire des deux chambres du Congrès américain. Mais ils redoutent que les débats autour d'Hasan Piker parasitent leurs critiques du bilan économique de Donald Trump.
Mercredi, l'AFP a suivi pendant plusieurs heures le programme en direct de l'influenceur sur la plateforme Twitch, où il a plus de 3 millions d'abonnés.
Il y adopte le ton et les codes qui semblaient jusqu'ici réservés aux "streamers" de droite radicale, sauf que lui se dit "socialiste" et "anti-impéraliste".
En costume-cravate, porteur de lunettes à la fine monture métallique, Hasan Piker, 35 ans, s'embarque quotidiennement dans un long monologue, rebondissant sur les commentaires des internautes, commentant des extraits vidéo, donnant son avis sur l'actualité, et multipliant les attaques contre Israël.
- Palestine et musculation -
Le 26 août, bracelet "Free Palestine" au poignet, il a d'abord parlé de sa veste sur mesure et de ses exercices de musculation.
Alors que les idées masculinistes ont gagné du terrain auprès des jeunes conservateurs, l'influenceur met en avant son physique. Il pose dénudé dans une baignoire pour le magazine GQ en 2025 et dans l'article qui accompagne le cliché, il parle de politique, mais aussi de son traitement contre la chute de cheveux.
"J'essaie toujours de comprendre s'il a une audience pareille parce qu'il fait du sport et qu'il a l'air baraqué", s'est demandé Debbie Dingell, élue du Michigan (nord) à la Chambre des représentants, pendant un meeting.
L'influenceur de 35 ans n'a pas toujours été indésirable dans cet Etat industriel de la région des Grands Lacs. Il y a fait campagne au printemps avec Abdul El-Sayed, un candidat de gauche qui briguera un siège au Sénat en novembre, après avoir remporté l'investiture du Parti démocrate.
Mais tout a changé quand Hasan Piker a suggéré le 20 août sur Twitch que les Juifs revendiquant leur soutien à Israël s'exposent à des actes de violence.
"Je ne comprends pas pourquoi les gens ne réalisent pas combien cette position est dangereuse, combien c'est dangereux pour les Juifs. Vous êtes là à lier toute votre identité à un pays qui sera inévitablement vu comme +l'Etat islamique juif+ et vous dites, en tant que Juif, c'est tout ce qui nous importe. Vous aggravez l'antisémitisme", a-t-il lancé.
Son allié Abdul El-Sayed a alors pris ses distances, en déclarant le 24 août: "La sécurité des Juifs m'est aussi chère que la sécurité de mes propres filles", et en assurant qu'Hasan Piker ne représentait en rien sa campagne.
- "Campagne de dénigrement" -
Elissa Slotkin, sénatrice démocrate du Michigan, a elle aussi condamné ces propos: "Aucune communauté ne doit faire face à des menaces de violence pour ses idées politiques."
Jeudi, depuis son studio de Californie encombré de bibelots, Hasan Piker a riposté.
"J'ai lutté toute ma vie contre l'antisémitisme" a-t-il déclaré, se disant victime d'une "campagne de dénigrement organisée" ainsi que d'islamophobie.
Une demande d'interview de l'AFP restait jeudi sans réponse.
Né aux Etats-Unis de parents turcs, Hasan Piker a démarré sa carrière médiatique sur une plateforme internet d'informations politiques orientée à gauche, "The Young Turks", fondée par son oncle.
Il s'est fait remarquer dès 2019 en disant: "L'Amérique méritait le 11-Septembre. Rien à foutre, je le dis." Il est ensuite revenu sur ces propos.
Hasan Piker dit n'avoir aucune intention de changer son discours sur les autorités israéliennes, assurant que ses positions sont de plus en plus populaires, dans une Amérique où le soutien à Israël a longtemps fait consensus.
Dans un sondage mené en mai 2026 par l'institut Pew Research, 62% des personnes interrogées disent avoir une opinion négative des autorités israéliennes, contre 51% en avril 2019. Concernant le peuple israélien, l'enquête a compté 52% d'opinions positives, en baisse par rapport aux 62% relevés en avril 2019.
O.Salim--SF-PST