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Arabie saoudite, Pakistan et Turquie scellent un pacte de défense en pleine guerre au Moyen-Orient
L'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont conclu vendredi un pacte de défense liant les trois pays dans un contexte marqué par des attaques contre le royaume saoudien et la guerre au Moyen-Orient.
Le pays du Golfe, où a été signé l'accord, entend renforcer ses alliances sécuritaires alors qu'il a été ciblé par l'Iran en représailles aux bombardements américains et qu'il fait face à une reprise des hostilités avec les rebelles yéménites houthis.
L'annonce de ces trois alliés de Washington envoie un message à Téhéran mais aussi aux Etats-Unis, perçus comme un partenaire de moins en moins fiable, selon des experts.
"L'accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d'agression et stipule que toute attaque armée contre l'un des trois Etats sera considérée comme une attaque contre eux tous", a précisé le ministère pakistanais des Affaires étrangères, la Turquie y voyant une "contribution importante à la préservation de la paix" dans la région.
Il a été signé à La Mecque par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
"La question était en discussion depuis longtemps, mais les récents développements dans la région en ont accéléré le rythme", a indiqué à l'AFP une source proche de l'armée saoudienne, sous couvert d'anonymat, alors qu'en début d'année, la participation de la Turquie semblait encore écartée selon Ryad.
Les trois pays musulmans sunnites ont en commun de participer aux efforts de règlement du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, qui a embrasé la région et ébranlé l'économie mondiale.
- Se détacher de Washington -
L'Arabie saoudite et le Pakistan sont en outre déjà liés par un accord de défense mutuelle conclu en septembre 2025, fruit d'une longue tradition de coopération militaire.
Son annonce avait suscité de nombreuses interrogations, Islamabad possédant la bombe atomique.
Vendredi, Ryad a nié tout lien avec "des ambitions nucléaires" et assuré, comme Ankara, que ce pacte ne visait aucun pays de la région.
"Cet accord est l'un des signes les plus clairs à ce jour que le Moyen-Orient s'éloigne d'un ordre sécuritaire organisé exclusivement par les Etats-Unis", commente pour l'AFP Andreas Krieg, expert en sécurité au King's College de Londres.
Selon l'analyste, cette annonce soutient les ambitions saoudiennes de devenir le parrain de la sécurité régionale et de diversifier sa défense. Pour la Turquie, par ailleurs membre de l'Otan, et le Pakistan, il s'agit de gagner en influence et d'attirer des investissements saoudiens.
Ce rapprochement "est clairement orienté contre l'Iran", relève Oumar Karim, spécialiste de l'Arabie saoudite à l'université de Birmingham.
Pour lui, l'alliance "vise à répondre à la nouvelle approche stratégique" de Téhéran, "qui entend dominer l'ensemble de la région du Golfe et contrôler le trafic maritime dans les voies navigables stratégiques, qu'il s'agisse du détroit d'Ormuz ou du détroit de Bab el-Mandeb".
- L'enjeu d'Ormuz -
Pour l'Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, l'ouverture des passages maritimes est essentielle.
La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb étaient devenus des voies de substitution alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz depuis la reprise des affrontements avec les Etats-Unis en juillet.
Mais les Houthis yéménites, soutenus par l'Iran, ont récemment imposé un blocus aux navires saoudiens et menacent aussi la navigation à Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique.
L'entente entre Ryad, Islamabad et Ankara intervient au moment où des progrès semblent se dessiner concernant Ormuz: Téhéran a assuré s'être accordé avec le sultanat d'Oman, autre pays riverain, sur un nouvel itinéraire de transit des navires.
Mais toute réouverture dépendra de Washington, qui a de son côté imposé un blocus des ports iraniens, ont prévenu les autorités iraniennes.
Outre le front maritime, l'Arabie saoudite a été ciblée sur son territoire par les Houthis, qui ont visé ces dernières semaines des infrastructures pétrolières.
La coalition menée par Ryad, alliée du gouvernement du Yémen depuis 2015, a aussi accusé vendredi les rebelles d'avoir mené des bombardements dans la région frontalière de Najran, qui ont fait 11 blessés civils, une attaque sans précédent dans le royaume depuis la trêve de 2022 entre les deux camps.
burs-ht/cgo/anb/hme
V.Said--SF-PST