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Bangladesh: l'ombre persistante de l'ex-Première ministre en fuite
Sa voix est celle d'une vieille femme frêle, mais Sheikh Hasina, 78 ans, l'ex-Première ministre du Bangladesh exilée en Inde, reste déterminée à peser sur la politique de son pays et affirme vouloir y retourner malgré les menaces qui pèsent sur sa sécurité.
Selon des analystes, il s'agit d'une tentative désespérée de demeurer une actrice politique incontournable, de conserver l'appui de ses partisans et de faire renaître un parti interdit qui a jadis dominé la scène politique bangladaise.
Pour ses ennemis, Mme Hasina condamnée en novembre 2025 à la peine capitale pour la répression de l'insurrection qui a causé sa chute en 2024, ce qu'elle a toujours catégoriquement nié, est le mal incarné.
Lors d'un entretien à l'AFP en juillet, la "bégum de fer", en exil en Inde a dit vouloir rentrer au Bangladesh.
"Je peux être tuée. Je peux être arrêtée. Je peux être envoyée en prison. Ils peuvent même tenter d'exécuter la peine à laquelle j'ai été condamnée par un tribunal fantoche mais je veux rentrer car mon peuple m'appelle", a déclaré Mme Hasina.
"Je suis parfaitement consciente de mon sort", a-t-elle insisté lors d'un entretien écrit accordé à l'AFP, "je n'ai fixé aucune condition à mon retour".
- "Reconquérir l’espace politique" -
Mercredi, à l'occasion du deuxième anniversaire de sa fuite en hélicoptère vers l'Inde, son allié de longue date, elle doit s'exprimer par téléphone lors d'un événement organisé à New Delhi, intitulé "Le retour de Sheikh Hasina".
"Son retour est important pour la survie du parti car elle reste un symbole", estime Mohammad Jalal Uddin Sikder, professeur de science politique à la North South University (NSU) de Dacca.
Un haut responsable de son parti, la Ligue Awami (AL), a dit la croire sincère dans sa volonté de revenir.
"Elle se sent obligée parce que les membres du parti sont arrêtés à tour de bras, alors qu'ils n'ont commis aucun crime", a-t-il dit, sous couvert d'anonymat car se sentant menacé.
Pour le quotidien bangladais Prothom Alo, sa promesse ferait "partie d’une stratégie pour remotiver les membres du parti, faire pression pour la levée de l’interdiction visant le parti et reconquérir l’espace politique".
Pour Mahmudur Rahman Manna, ancien haut responsable de la Ligue Awami devenu un farouche critique de Sheikh Hasina, cette promesse sert avant tout ses propres intérêts.
"L’idée qu’elle reviendrait pour le bien du parti est absurde."
- "Pas du tout" -
L'ex-dirigeante sait aussi que la simple menace de son retour ne manquera pas d'agacer le Premier ministre Tarique Rahman, vainqueur des élections de février et disputées en l'absence de la Ligue Awami, interdite.
"Le gouvernement bangladais n'est pas prêt à l'accepter, même si elle allait directement de l'Inde en prison", estime le professeur de science politique à l'AFP.
"Son retour va créer une instabilité politique. Je doute que le gouvernement puisse gérer cela."
"Pas du tout", rétorque Zahed Ur Rahman, conseiller du Premier ministre bangladais.
"Nous voulons son retour – qu'elle revienne, s'il vous plaît", a-t-il dit à la presse.
"Nous avons écrit à l'Inde. La personne que nous voulons faire revenir a l'intention de revenir. Nous sommes prêts – qu'elle vienne, et nous garantirons la justice."
Sa promesse de revenir intervient au moment où le Bangladesh et l'Inde cherchent à se rapprocher même si Mme Hasina demeure un point de friction.
Dacca a à plusieurs reprises demandé son extradition, tandis que New Delhi a seulement indiqué que la demande était examinée dans le cadre de la procédure judiciaire.
Mais les relations se sont améliorées depuis que M. Rahman, dirigeant du Parti nationaliste du Bangladesh, est chef du gouvernement.
Le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Randhir Jaiswal, a déclaré mardi à la presse que "le gouvernement n’est aucunement impliqué dans cette affaire".
Au Bangladesh, certains voient toutefois dans la menace d'un retour de Mme Hasina un moyen de pression exercé par l'Inde.
pjm/fox/juf/cn
Q.Bulbul--SF-PST