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Pic de tension Argentine-Brésil, Brasilia demande le départ de l'ambassadeur argentin
Le gouvernement argentin a annoncé mardi avoir été informé par son homologue brésilien que Brasilia avait sollicité le départ du Brésil de l'ambassadeur argentin, et réduirait désormais sa représentation diplomatique à Buenos Aires au niveau de chargé d'affaires.
Ce pic inédit de tension entre les deux géants voisins d'Amérique du Sud intervient sur fond d'insultes répétées du président ultralibéral argentin Javier Milei envers son homologue de centre gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui avaient déjà valu la semaine dernière le rappel de l'ambassadeur brésilien à Brasilia pour consultations.
Dans un communiqué mardi soir, le ministère argentin des Affaires étrangères a annoncé que son ambassadeur au Brésil avait été convoqué dans la journée par la chancellerie brésilienne, qui lui a communiqué la décision du Brésil "de réduire le niveau de représentation diplomatique bilatérale à celui de chargé d'affaires, et de demander son retour" en Argentine.
Le gouvernement argentin "prend note de cette décision adoptée unilatéralement" par le Brésil, et "regrette sa décision de continuer à s'isoler du reste de la région pour des raisons purement idéologiques", ajoute le communiqué de la chancellerie argentine.
Cette escalade de crispation survient deux jours après des attaques renouvelées de M. Milei contre Lula. Dans une interview sur une télévision argentine dimanche, il l'avait traité de "voleur" et de "corrompu". Une récidive en réalité, après des propos similaires déjà à l'origine d'un début de crise diplomatique depuis une semaine.
Car fin juillet déjà, M. Milei avait qualifié Lula de "prisonnier" et "voleur" lors d'un meeting de soutien à la candidature présidentielle brésilienne de Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, allié de M. Milei.
Lula avait passé 580 jours en prison en 2018-2019 pour corruption dans le cadre d'un scandale retentissant. Mais sa condamnation avait été ensuite annulée, pour des motifs de procédure et car le juge avait été considéré comme partial.
- Juste "idéologique et politique" -
Dans la foulée des propos de M. Milei il y a dix jours, Brasilia avait rappelé pour consultation son ambassadeur en Argentine, et convoqué l'ambassadeur argentin pour transmettre sa "réprobation".
Pour autant, l'Argentine, dans les jours suivants, avait tenté de minimiser l'incident, estimant que les divergences entre les deux dirigeants, à l'inimitié notoire, relevaient "d'une dimension idéologique et politique".
Le chef de la diplomatie argentine Pablo Quirno avait abondé en ce sens, soulignant que du point de vue argentin, "il n'y a absolument aucune possibilité que, de notre côté, la relation (diplomatique) se rompe".
"Nous n'avons jamais répondu à un différend politique par une mesure institutionnelle", a réaffirmé la chancellerie argentine mardi. "C'est ce critère que l'Argentine soutient aujourd'hui".
Reste que l'annonce du rabaissement de la représentation brésilienne à Buenos Aires au niveau de chargé d'affaires marque un cran de plus dans la tension.
Cette crispation sans précédent récent a un arrière-plan commun dans les deux pays: élections.
Revenu au pouvoir en 2023, Lula, s'est lancé dimanche, à 80 ans, dans la course pour un quatrième et dernier mandat lors du scrutin d'octobre prochain au Brésil, se déclarant "en pleine forme".
Et en Argentine, Javier Milei, président depuis décembre 2023, évoque désormais de plus en plus ouvertement une candidature à sa succession, lors d'élections en octobre 2027.
"Je le fais parce que je suis un croisé des idées de la liberté", avait justifié dimanche l'ultralibéral argentin, en référence à ses sorties virulentes contre des gouvernements de gauche ou centre gauche en Amérique latine, ou ailleurs, comme l'Espagne de Pedro Sanchez.
Z.AlNajjar--SF-PST