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En Gironde, l'angoisse d'une saison perdue malgré la réouverture des commerces et campings
Sur le bassin d'Arcachon, Andernos reprend vie. Evacuée lorsque le mégafeu en Gironde faisait rage, ses commerces relèvent petit à petit le rideau, mais l'office du tourisme, lui, affiche toujours porte close. Certains sont sans appel: "la saison est terminée".
Au marché couvert de la ville, généralement bondé en saison estivale, Christine Marrot, 66 ans, retrouve ses marques au comptoir de sa crèmerie. Elle guette les habitués, fraîchement de retour eux aussi, circulant dans les allées.
"On est contents de rouvrir, mais bon, c'est pas l'euphorie de d'habitude", confie-t-elle.
L'été, Andernos-les-Bains voit sa population tripler voire quadrupler. Son front de bassin, ses cabanes à huîtres et ses terrasses ensoleillées font le bonheur des touristes, vitaux pour son économie locale.
Mais cette année, tous ont dû quitter les lieux pendant une semaine à cause de l'incendie monstre en Gironde, dorénavant "fixé". Comme dans d'autres communes alentour, les habitants sont désormais autorisés à rentrer chez eux mais "pour nous, la saison est terminée", affirme Christine.
Selon elle, les vacanciers ne reviendront pas avant la mi-août, minimum.
- "Dramatique" -
On est en effet loin de l'effervescence habituelle. La journée est belle mais les chaises des cafés et restaurants attendent de trouver preneur, le manège de la plage ne tourne pas, et les ruelles sont bien silencieuses. Beaucoup d'enseignes sont restées fermées.
Pas un chat non plus du côté des ports ostréicoles, au grand dam des rares propriétaires ayant déjà réinvesti les lieux. "C'est dramatique", déplore Valérie Contreras, 45 ans, cogérante de la cabane Perlostrea qui fait aussi restaurant de fruits de mer.
Outre les clients qui défilent d'ordinaire chez eux à tour de bras, elle et son conjoint fournissent de nombreux établissements de la région. En une semaine de fermeture, "on a perdu 35.000 euros", explique-t-elle. "Au bas mot".
Pour attirer de nouveau du monde, ils ont communiqué sur leur compte Instagram, et misent sur le bouche-à-oreille. "On espère qu'il va y avoir un élan de solidarité."
Au coeur de la ville, au Café de la place, "un client nous a fait une carte de 50€, alors qu'il avait juste pris un café", raconte Benoit Paul, 45 ans, tout en redémarrant ses cuisines. Les trois premières semaines d'août, il réalise habituellement 20% de son chiffre d'affaires annuel.
Andernos se repeuple peu à peu, reprend des couleurs au fil de la journée.
Sur la jetée, Eden Semal, 34 ans, comptable en région parisienne venue rendre visite à son grand-père, est optimiste: "Ça va être l'histoire de quelques jours pour retrouver l'Andernos qu'on connait."
- Dans "l'urgence" -
Après l'évacuation de 4.000 personnes en début de semaine, le camping cinq étoiles Airotel l'Océan, situé plus au nord près du littoral sur la commune de Lacanau, a également rouvert samedi.
En fin de matinée, avec seulement une dizaine de vacanciers déjà sur place, les lieux sont encore quasi déserts. Une centaine d'arrivées sont cependant attendues dans la journée, indique Claire Dibon, responsable marketing et communication.
L'établissement, qui propose 200 emplacements et 320 locations, a hébergé les pompiers pendant trois nuits cette semaine. Il a dû être remis en état précipitamment, dès que le feu vert à la réouverture a été donné vendredi par la préfecture. Les nouveaux estivants sont donc accueillis dans "l'urgence", souligne-t-elle.
Ici aussi, les incendies ont frappé au coeur de la haute saison, "les deux semaines les plus importantes" pour le camping, explique Claire Dibon, qui, malgré les pertes, garde espoir: n'ayant pas été évacuée, Lacanau a été largement préservée et "tout fonctionne" dans la commune.
"On espère que les vacanciers et les touristes ne vont pas garder cette image d'une région sinistrée, ce n'est pas le reflet de la réalité."
Dans la matinée, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), le chef Thierry Marx, a regretté au micro de France Inter une période "redoutable au niveau des annulations" dans la région.
Après avoir différé son séjour d'une semaine, Justine Bourgade, 31 ans, professeure des écoles venue du Jura, est enfin arrivée à bon port à l'Airotel Océan avec son compagnon et son bébé. C'était "assez inespéré", se réjouit-elle.
Sa famille est du coin, et de leur côté "on continuera à venir".
Et Claire Dibon d'insister: "la région va rebondir, elle a des atouts."
M.AbuKhalil--SF-PST