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Crise de Ceuta: "la quasi-totalité" des migrants sont rentrés au Maroc, selon Madrid
"La quasi-totalité" des dizaines de milliers de migrants entrés ces derniers jours dans l'enclave espagnole de Ceuta sont retournés au Maroc, selon le gouvernement espagnol assailli de critiques de la part d'autres pays de l'Union européenne, où le sujet de l'immigration reste inflammable.
Ceux qui s'attardaient trop sur la corniche étaient aussitôt poussés vers la sortie par les soldats, tandis que l'AFP a vu en sens inverse deux hommes sortir de l'eau sur la plage jouxtant la frontière, s'écroulant sur le sable visiblement à bout de force à leur arrivée.
"Un ami m'a appelé, il m'a dit que la frontière était ouverte", a raconté à l'AFP Soufiane, un Marocain de 42 ans, qui est arrivé à Ceuta lui aussi en nageant "trois, cinq minutes" dans l'espoir de rejoindre Madrid, à des centaines de kilomètres plus au nord, pour voir sa mère, "victime d'une leucémie".
Selon lui, l'afflux massif de migrants ces derniers jours montre "que tout le monde veut +monter+ (en Espagne) et souhaite avoir un bon avenir, qu'ils n'ont pas au Maroc".
Vendredi soir, le gouvernement espagnol a assuré que "la quasi-totalité" des migrants arrivés ces derniers jours étaient déjà retournés au Maroc, soit 48.000 d'après un chiffre communiqué par l'exécutif.
Le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska doit s'exprimer depuis Ceuta à 11h00 locales (9h00 GMT) pour faire un point sur la situation, au lendemain d'une visite agitée du Premier ministre Pedro Sánchez, accusé par certains habitants locaux de ne pas avoir "protégé" Ceuta.
- Au moins 34 morts en mer -
Ces 60.000 migrants, selon une estimation du président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas (50.000 selon le ministère espagnol de l'Intérieur), en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents, étaient arrivés depuis le début de semaine en passant par la frontière terrestre ou la mer.
Trente-quatre sont morts, dont beaucoup par noyades, d'après le gouvernement local de Ceuta, ce petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, et formant l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).
Pour empêcher désormais les migrants de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta, une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d'installation dans la mer Méditerranée, a annoncé samedi matin le ministère espagnol de l'Intérieur.
Plus dans les terres, l'AFP a vu des centaines de migrants, dont beaucoup d'Africains subsahariens, attendre devant le centre d'accueil pour migrants, qui demeure fermé, la police bloquant son accès.
Les images de cette crise migratoire, inédite par son ampleur à Ceuta, a provoqué de vives réactions au sein de l'Union européenne, notamment de la part de la droite et de l'extrême droite, notamment sur le sujet des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.
Dans la foulée, Madrid s'est insurgée de cette proposition "démagogique" et à la portée incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.
Depuis samedi, l'Italie a rétabli des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne, et la France a multiplié par cinq, à 334, le nombre de policiers et gendarmes en renfort à la frontière franco-espagnole, en pleines vacances d'été.
- "Ne pas se diviser" -
Dans ce contexte tendu, le Premier ministre Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, à contre-courant de nombreux autres pays européens, a appelé vendredi les autres pays de l'UE à "ne pas se diviser".
En déplacement à Ceuta, le dirigeant socialiste, dont le gouvernement a lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers pour lequel près de 1,2 million de demandes ont été déposées par des étrangers en situation irrégulière, avait évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.
À Madrid vendredi soir, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants se sont rassemblés devant l'ambassade du Maroc pour "défendre l'identité espagnole", a constaté un journaliste de l'AFP.
À Washington, Donald Trump, qui est à couteaux tirés avec Pedro Sánchez depuis plusieurs mois, a jugé que les images de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X Madrid de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.
U.Shaheen--SF-PST