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En Inde, la crise entre les jeunes "cafards" et le gouvernement s'installe
Le bras de fer s'est poursuivi mercredi en Inde entre la contestation des "cafards", déterminés à obtenir la tête du ministre de l'Education pour cause de fraudes aux examens universitaires, et le gouvernement qui s'est dit pour la première fois prêt à les entendre.
Deux jours après leur manifestation sévèrement réprimée dans les rues de New Delhi, des milliers de jeunes protestataires occupaient toujours l'esplanade de Jantar Mantar, au cœur de la capitale, avec la ferme intention d'y rester autant que nécessaire.
"Nous ne quitterons pas Jantar Mantar tant que (le ministre) Dharmendra Pradhan n'a pas démissionné", a lancé un porte-parole du "parti du peuple des cafards" (CJP), Ashutosh Ranka, à ses partisans.
"Nous avons commencé à réveiller un pays (...) où critiquer le gouvernement était considéré comme une trahison", s'est-il réjoui, "nous n'avons plus peur".
En quarante-huit heures, la crise ouverte par la manifestation de lundi a viré en mouvement de défiance contre le Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, le plus sérieux depuis sa réélection pour un troisième mandat en 2024.
L'opposition s'est saisie des images de la répression de la marche de lundi - 180 blessés selon la police, plusieurs centaines selon les manifestations - pour instruire le procès de son gouvernement.
Mardi, le chef de l'opposition parlementaire Rahul Gandhi a exigé la démission de M. Modi "pour avoir détruit l'avenir de la jeunesse indienne". Interpellé par la police, le responsable du parti du Congrès a été remis en liberté peu après.
- "Soutien à tous" -
Mercredi, M. Gandhi a répété ses exigences devant le Parlement, vêtu de noir en signe de deuil. "Nous soutenons à 100% tous les étudiants", a-t-il déclaré devant la presse, "nous allons faire en sorte que vous et votre avenir soient protégés".
Mardi soir, le ministre de l'Education est sorti de son silence. "Nous leur devons des réponses, des réformes et de la transparence", a-t-il assuré.
"Notre gouvernement est pleinement engagé à satisfaire les aspirations des étudiants", a renchéri mercredi son collègue de la Défense, Rajnath Singh, déplorant que "certains (...) cherchent à utiliser nos étudiants comme un outil politique".
La colère est née des fraudes qui ont entaché un examen passé en mai par plus de 2 millions d'aspirants étudiants en médecine. Son annulation a causé, selon les médias locaux, plusieurs suicides.
"Mon père a vendu sa terre pour que son fils puisse étudier et passer l'examen d'entrée en faculté de médecine", a déclaré à l'AFP un des protestataires de New Delhi, Sagar Jha, 18 ans.
"Je ne suis pas venu ici pour soutenir un parti politique", a-t-il ajouté, "je m'opposerai à tout pouvoir, quel qu'il soit, qui fait quelque chose de mal".
Depuis sa création en ligne en mai par un étudiant indien diplômé aux Etats-Unis, le mouvement des "cafards" s'est attiré le soutien de plus de 20 millions de partisans sur les réseaux sociaux.
- "Fronde anti-pouvoir" -
Il est né en réaction à des propos du président de la Cour suprême du pays qualifiant de "cafards" et "parasites" les jeunes chômeurs.
Outre son rejet des fraudes aux examens, le mouvement incarne aussi l'inquiétude d'une jeunesse indienne qui peine toujours à trouver un emploi, malgré la forte croissance économique dont se targue le gouvernement de Narendra Modi.
"Ce mouvement contre une fraude à un examen, contre les suicides de nos enfants et pour demander des comptes aux responsables est en train de se muer en fronde anti-pouvoir", a résumé pour l'AFP un professeur d'université, Ujjwal K. Chowdhury, venu apporter son soutien aux étudiants.
Depuis lundi, des manifestations, d'ampleur modeste, ont été signalées dans d'autres villes comme Bombay (ouest), Bangalore (sud) ou Patna (nord).
Depuis qu'il a pris les rênes de l'Inde en 2014, Narendra Modi est la cible des critiques pour sa pratique autoritaire du pouvoir.
"Les pratiques de la police de Delhi soulèvent de graves questions sur leur légalité, leur nécessité et leur proportionnalité en termes de respect des droits humains", a dénoncé Amnesty International.
"J'ai peur parce que j'ai vu lundi la police frapper des gens", a confié à l'AFP un étudiant de 20 ans qui s'est présenté sous le seul prénom de Kavya, "mais nous n'avons pas d'autre choix que de continuer".
D.Qudsi--SF-PST