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La rivalité en mer de Chine méridionale pèse sur l'Asean, la Birmanie au menu
Un accrochage en mer de Chine méridionale menace de peser sur la réunion mardi des pays d'Asie du Sud-Est aux Philippines, les Etats-Unis et ses alliés dénonçant l'attitude "dangereuse" de la Chine dans cette zone disputée essentielle au commerce mondial, Pékin parlant de "provocation".
Ce communiqué américain a été diffusé peu après l'arrivée du secrétaire d'Etat Marco Rubio à Manille, où sont réunis les représentants diplomatiques des 11 pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) - et ceux d'Etats partenaires, comme la Russie.
Au menu, figure notamment la question de la Birmanie, en guerre civile et au ban de l'organisation.
Marco Rubio, qui effectue son premier déplacement aux Philippines comme secrétaire d'Etat, s'est dit disposé à rencontrer son homologue chinois Wang Yi, également attendu.
Dans une tribune publiée dans la presse philippine mardi, M. Rubio a mis en avant l'engagement américain "en faveur de la liberté de navigation en Asie du Sud-Est".
"Si ces eaux tombaient sous le contrôle d'une puissance disposée à utiliser le commerce comme une arme géopolitique, tant les Etats-Unis que les Etats de l'Asean seraient confrontés à de nouvelles menaces graves pour leur souveraineté, leur sécurité et leur avenir économique", a-t-il averti, dans une allusion à la Chine.
Lundi, l'armée philippine a accusé les garde-côtes chinois d'avoir blessé un de ses marins, près d'un îlot disputé en mer de Chine méridionale, dernier épisode en date d'un différend maritime ancien entre les deux voisins.
Ce nouvel incident, également condamné par l'Australie, s'est déroulé près du récif Second Thomas, dans l'archipel des Spratleys. Des soldats philippins y sont stationnés sur un navire qui a été volontairement échoué par Manille en 1999 pour affirmer sa souveraineté.
"C'est la partie philippine qui a provoqué en premier, mais elle s'est ensuite posée en victime, a déformé les faits et fait un battage médiatique malveillant sur cette affaire", a réagi le ministère chinois des Affaires étrangères. Pékin a convoqué l'ambassadeur des Philippines et dénoncé une "provocation délibérée".
Des navires des deux pays s'accrochent régulièrement dans ce carrefour du commerce maritime. Pékin revendique la souveraineté sur sa quasi-totalité, au grand dam de pays riverains, et malgré une décision internationale lui ayant donné tort.
Cet incident jette un doute de plus sur la capacité de l'Asean à aboutir à un Code de conduite avec la Chine, souhaité par Manille pour encadrer les différends dans cette mer.
Selon certains analystes, tout accord que Pékin serait prêt à signer serait sans effet.
- Energie et Birmanie -
La séquence diplomatique à Manille a lieu au moment où la guerre au Moyen-Orient retrouve une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d'avril et met sous pression l'économie mondiale, en particulier l'approvisionnement en hydrocarbures.
Les Philippines ont déclaré l'état d'urgence énergétique en mars et été contraintes de diversifier leurs achats de pétrole, notamment auprès de la Russie - représentée à Manille par son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov.
L'Asean a appelé à la ratification rapide d'un accord-cadre sur la sécurité pétrolière, un programme de partage des carburants. Et en mai, les pays membres avaient approuvé l'idée d'une connexion de leurs réseaux d'électricité.
Aucun sujet ne divise cependant davantage les diplomates de l'Asean que la place de la Birmanie.
Cet Etat membre a vu ses hauts responsables officiellement exclus des grandes rencontres de l'organisation depuis le coup d'Etat de la junte en 2021 et la guerre civile qui a suivi. Plus de 100.000 personnes ont été tuées en Birmanie, tous camps confondus, selon une ONG.
En mai, le président philippin Ferdinand Marcos avait appelé à "affiner" le Consensus en cinq points, un plan de paix adopté par l'Asean en 2021, d'abord accepté par la junte puis ignoré par elle.
La Thaïlande milite pour la réintégration du pays, avec qui elle partage une longue frontière, et dont elle accueille nombre de réfugiés.
"Nous pensons, après cinq ans, qu'il est temps de parler, d'écouter, et que eux doivent expliquer", a déclaré la semaine dernière le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow.
A l'inverse, son homologue malaisien Mohamad Hasan a fait savoir à la presse en mai que son pays reste opposé à des entretiens à haut niveau tant que "l'oppression se poursuit".
O.Farraj--SF-PST