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Le procès en destitution de la vice-présidente Sara Duterte s'ouvre aux Philippines
Le procès en destitution de la vice-présidente Sara Duterte s'est ouvert lundi devant le Sénat des Philippines, avec à la clé une possible inéligibilité à vie pour cette ancienne alliée du clan Marcos qui entend briguer la présidence en 2028.
Mme Duterte, 48 ans, est accusée de malversations, de corruption et de menaces de mort contre le président Ferdinand Marcos Jr, son colistier lors de l'élection de 2022, et son épouse.
En mai, 257 des 318 membres de la Chambre des représentants avaient voté sa mise en accusation devant le Sénat. Une majorité des deux tiers des 24 sénateurs est nécessaire pour la destituer et la rendre inéligible.
Sara Duterte n'est pas apparue à l'audience, qui pourrait durer des semaines voire des mois.
"Elle est représentée par ses avocats", a déclaré à la presse l'un d'entre eux, Michael Poa.
Seuls 23 des 24 sénateurs ont prêté serment, en mai, pour le procès. Le 24ème, Ronald Dela Rosa, est en effet en fuite pour échapper à un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle dans la guerre meurtrière contre la drogue menée par l'ex-président d'extrême droite Rodrigo Duterte, père de Sara Duterte.
Jusqu'à récemment, Mme Duterte disposait d'importants soutiens à la chambre haute, ainsi que de l'appui de deux influentes sectes chrétiennes qui ont organisé de gigantesques manifestations en sa faveur. Mais sa situation s'est fragilisée ces dernières semaines.
D'abord avec le départ en juin de la présidence du Sénat de son allié Alan Peter Cayetano. Puis avec l'arrestation le même mois pour corruption d'un autre de ses partisans, le sénateur Jose "Jinggoy" Estrada. Enfin, quelques heures avant le début du procès, un troisième allié, le sénateur Rodante Marcoleta, a été arrêté pour fausse déclaration de ses dépenses électorales.
Sara Duterte avait remporté une large victoire à la présidentielle de 2022 aux côtés de Ferdinand Marcos Jr, se positionnant pour devenir son successeur lors de l'élection suivante en 2028.
Mais la mésentente au sein du tandem présidentiel avait éclaté au grand jour très rapidement, quand M. Marcos avait confié à Mme Duterte le portefeuille de l'Education au lieu de celui de la Défense qu'elle avait publiquement convoité.
- Coups de poing au shérif -
Accusée par la suite de mauvaise gestion de son budget, Sara Duterte a démissionné de son poste de ministre en juin 2024.
Confrontée à une enquête sur ses dépenses, la vice-présidente avait tenu une conférence de presse virulente, affirmant être la victime d'un complot d'assassinat et avoir ordonné l'élimination de M. Marcos si elle était tuée en premier.
Elle avait ensuite déclaré que ses propos avaient été mal interprétés.
Avocate, mère de trois enfants et passionnée de motos, Sara Duterte s'est fait connaître du grand public en 2011, alors qu'elle était maire de la ville de Davao (sud), le fief familial.
Devant les caméras de télévision, elle avait alors roué de coups de poing au visage un shérif qui ignorait sa demande de reporter la démolition d'un bidonville ordonnée par un tribunal. Cet incident avait forgé l'image d'une femme politique pugnace, prête à se battre pour les plus démunis.
Elle était pressentie en 2022 pour succéder à son père, qui a depuis été extradé vers La Haye où il attend son procès pour crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale. Mais elle avait finalement accepté de ne briguer que la vice-présidence au côté de M. Marcos Jr, fils du dictateur Ferdinand Marcos qui avait régné d'une main de fer sur les Philippines pendant 20 ans jusqu'à son renversement en 1986.
"Toutes ces factions se battent pour leur avenir politique", explique à l'AFP Cleve Arguelles, analyste à l'institut de sondages WR Numero. "Pour le gouvernement Marcos, le problème est que dès qu'il quittera le pouvoir, il devra s'assurer que le prochain gouvernement ne s'en prendra pas à lui".
Sara Duterte a annoncé en février son intention de se présenter à la présidentielle de 2028. Elle reste en tête dans les sondages. Le dernier en date, publié par l'institut indépendant Pulse Asia, lui accorde 51% d'intentions de vote, contre 41% pour l'ancienne vice-présidente de son père, Leni Robredo.
S.Abdullah--SF-PST