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Chili : après 100 jours au pouvoir, le président Kast ajuste ses ambitions
Lorsque le président d'extrême droite José Antonio Kast est arrivé au pouvoir au Chili, Franklin Prieto espérait une amélioration de son quotidien. Cent jours plus tard, ce jeune commerçant de Santiago dit ne pas voir les changements qu'il attendait.
L'ancien avocat a accédé en mars à la présidence avec la promesse d'expulser quelque 340.000 migrants en situation irrégulière, de lutter fermement contre la criminalité et de relancer l'économie.
Mais Franklin Prieto, 19 ans, se dit "déçu".
"Tout ce qu'on achète, comme la nourriture, a beaucoup augmenté", déplore-t-il, en sillonnant les rues du quartier populaire d'Independencia avec son chariot de chicha, boisson traditionnelle andine.
Son quartier est toujours "gangrené par la délinquance", ajoute-t-il.
Le jeune homme n'est pas le seul à exprimer sa déception : selon plusieurs sondages, la cote de désapprobation de M. Kast dépasse les 50%.
La première grande décision du chef de l'Etat a été de modifier un fonds destiné à amortir la volatilité des carburants. La mesure a provoqué une flambée des prix à la pompe et alimenté l'inflation.
Le gouvernement a accusé son prédécesseur de gauche, Gabriel Boric, d'avoir laissé des finances publiques fragilisées et a fait de la réduction du déficit budgétaire sa priorité.
Solange Molina, employée administrative de 44 ans, en a ressenti les effets. "Je dépense moins pour les loisirs ou les sorties. J'ai davantage peur de dépasser mon budget", explique-t-elle.
Pour relancer l'économie, M. Kast a proposé une vaste réforme visant à stimuler l'activité via notamment des réductions progressives de l'impôt sur les grandes entreprises.
Mais le gouvernement a finalement reconnu qu'il n'atteindrait pas ses objectifs. Il a révisé sa prévision de déficit budgétaire de 0 à 1,5% et abaissé sa projection de croissance de 4% à 3,5% pour 2030, date de la fin de son mandat.
"Nous avions toujours envisagé que la situation puisse être complexe, mais pas dans les proportions que nous avons découvertes", a récemment déclaré le ministre des Finances, Jorge Quiroz.
- Premiers revers -
La lutte contre l'insécurité, autre grande promesse de José Antonio Kast, s'est aussi heurtée à des obstacles.
Si le Chili reste l'un des pays les plus sûrs de la région, les homicides et les enlèvements ont augmenté au cours de la dernière décennie avec l'arrivée notamment de groupes criminels transnationaux.
Dans ce contexte, la ministre de la Sécurité a été limogée après seulement 69 jours en fonction, un record depuis le retour de la démocratie au Chili en 1990.
Avant son départ, elle avait reconnu devant le Parlement ne pas s'attendre à devoir présenter aussi rapidement un plan de sécurité "structuré et concret".
Quelques jours plus tard, José Antonio Kast a tenté de reprendre l'initiative en annonçant un renforcement de la présence policière dans 50 quartiers, un durcissement des peines contre le crime organisé et un registre des "vandales" susceptible de priver certains contrevenants d'avantages publics.
Mais c'est sur le terrain de l'immigration irrégulière, en grande majorité vénézuélienne, que les promesses de campagne de Kast se sont heurtées aux plus grandes difficultés.
En trois mois, 639 personnes ont été expulsées, a indiqué le gouvernement à l'AFP. A ce rythme, il faudrait environ 130 ans pour atteindre l'objectif annoncé d'expulser 340.000 migrants.
Le Chili et le Venezuela n'entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 2024. L'organisation de vols de rapatriement est donc compliquée.
"Le président savait parfaitement que cette promesse n'avait aucun fondement technique ni réelle possibilité d'être appliquée", critique Constanza Schönhaut, députée du Frente Amplio, principal parti d'opposition.
Comme solution, le président entend désormais encourager les départs volontaires.
Pour Roberto Morales, un prédicateur de 69 ans, le gouvernement fait face à de "nombreux obstacles" et il convient d'attendre avant d'évaluer son action.
"Il faut laisser passer du temps avant de pouvoir donner une réponse définitive sur la manière dont ils gouvernent ou sur les promesses qu'ils ont faites", estime-t-il.
W.AbuLaban--SF-PST