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Face à la déferlante chinoise, les Européens cherchent la parade
Comment réduire le déficit commercial abyssal de l'UE vis-à-vis de la Chine sans sombrer dans une guerre économique? Les dirigeants européens ont souligné jeudi la nécessité de muscler l'arsenal européen face à la déferlante chinoise, qui menace d'emporter des industries entières et des millions d'emplois chez eux.
Un consensus est en train de s'affirmer parmi les Européens pour juger l'UE trop dépendante de la Chine dans certains secteurs, ce qui l'expose aux pressions et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Pour ce qui est des biens, le déficit commercial des 27 avec la Chine a atteint près d'un milliard d'euros par jour en 2025.
Pendant un sommet de deux heures sous forme de dîner à Bruxelles, les dirigeants de l'UE ont chargé la Commission de poursuivre "un dialogue constructif avec nos principaux partenaires économiques", a déclaré vendredi un responsable de l'UE, sans mentionner directement la Chine.
Selon lui, ils ont également demandé à l'exécutif "de compléter l'arsenal en matière de défense commerciale", et de veiller à ce que l'UE dispose "de tous les instruments nécessaires pour défendre ses intérêts et réduire les risques".
Si les Etats de l'UE sont d'accord sur le diagnostic, leurs positions divergent quant à la solution à apporter. Plusieurs dirigeants ont appelé jeudi à privilégier le dialogue.
"Nous avons besoin d'amis, nous avons besoin de relations équilibrées, nous devons faire preuve de pragmatisme et nous devons tisser des liens tant avec les grandes économies qu'avec des alliés potentiels, tels que la Chine", a ainsi souligné avant le dîner le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.
- Section 301 -
Parmi les pistes évoquées, la France a proposé que l'UE s'inspire du régime américain dit "Section 301", qui permet de surtaxer de manière ciblée et beaucoup plus souple les produits de pays accusés de pratiques déloyales.
Une idée qui séduit de plus en plus au sein de l'UE, y compris en Allemagne, traditionnellement prudente pour ne pas compromettre ses exportations vers la Chine.
A son arrivée à Bruxelles, le chancelier allemand Friedrich Merz s'est félicité des discussions au G7 sur les déséquilibres des échanges mondiaux, mais en se gardant bien de citer spécifiquement la Chine, ni de dire s'il était favorable à de nouveaux outils pour protéger le marché européen.
"Nous sommes fondamentalement ouverts à cette idée, mais c'est important que les mesures qui pourraient être conçues ne ciblent pas un pays en particulier", a expliqué auparavant une source au sein du gouvernement allemand.
"Il y a une convergence avec l'Allemagne", se réjouit-on en tout cas côté français.
"Nous avons absolument besoin d'une plus grande coordination entre Européens dans notre action vis-à-vis de la Chine pour protéger l'économie européenne", a également affirmé le Premier ministre néerlandais, Rob Jetten.
- Gouffre béant -
Car la liste des griefs des Européens envers la Chine "est longue", a rappelé lundi la cheffe de la diplomatie des 27, Kaja Kallas: "subventions faussant la concurrence, déséquilibres commerciaux grandissants et un quasi-monopole sur les matières premières critiques".
"Réduire les dépendances à la Chine ne sera ni facile ni bon marché, mais c'est nécessaire et urgent", a-t-elle insisté.
Bruxelles attribue en partie le déficit commercial de l'UE face à la Chine à des capacités de production très excédentaires des entreprises chinoises, financées par d'importantes subventions.
Les Européens dénoncent de plus en plus fortement cette concurrence déloyale, qui menace de balayer des pans entiers de leur industrie (automobile, chimie, acier...)
Pékin se défend de se livrer à telles pratiques, mais une enquête de l'OCDE publiée en juin a donné du grain à moudre aux Européens.
"De 2004 à 2025, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne 3 à 8 fois plus de soutien public que leurs homologues basées dans l'OCDE, selon une estimation conservatrice", souligne cette étude, selon laquelle près de 60% des gains de parts de marché des groupes chinois sont dus à ces subventions.
Mais l'Europe n'a pas les moyens de se lancer dans une guerre commerciale ouverte, dont tout le monde ressortirait perdant, vu les liens économiques très étroits entre les 27 et la Chine.
"Découpler nos économies n'est ni souhaitable ni réaliste", a souligné jeudi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, devant les eurodéputés à Strasbourg, assurant que le but était de "rééquilibrer nos échanges" et rétablir "des règles du jeu équitables".
L.AbuAli--SF-PST