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Ivan Cepeda, défenseur des droits humains et penseur de la gauche colombienne
Ivan Cepeda, prétendant de gauche à la présidence en Colombie, est le fils d'un sénateur communiste assassiné dans les années 1990 par des policiers alliés aux paramilitaires, un acte fondateur d'une vie dédiée à la défense des droits humains.
Les violences visant les dirigeants de gauche à cette époque l'avaient contraint à s'exiler dès l'âge de trois ans, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie et à Cuba.
À son retour en Colombie, il s'est investi dans la défense des victimes du conflit armé et a joué un rôle clé dans les négociations de l'accord de paix historique de 2016 avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).
Député en 2010, sénateur depuis 2014, ce professeur de philosophie aujourd'hui âgé de 63 ans projette de devenir le second président de gauche de l'histoire de Colombie en succédant à son compagnon de route Gustavo Petro.
"J'ai survécu au génocide, à la stigmatisation et à une persécution implacable. Et je suis toujours là, debout", a-t-il lancé pendant la campagne, vêtu d'une traditionnelle chemise caribéenne à col rond portée sans cravate.
Ses adversaires politiques le qualifient sans preuves d'"héritier des Farc" en raison de la relation de confiance qu'il a établie avec les chefs de la guérilla durant le processus de paix.
Ils lui reprochent également d'avoir été l'idéologue de la politique de "paix totale" (négociation avec les différents groupes armés) voulue par Gustavo Petro qui, selon les experts, a conduit au renforcement des groupes armés ces dernières années.
Cet homme à la fine moustache et aux petites lunettes est un admirateur de Gandhi, a écrit des livres sur Sigmund Freud et Michel Foucault et se décrit comme "progressiste".
Il prône la poursuite des réformes sociales entamées par Gustavo Petro, qu'il qualifie de "révolutions", avec notamment une augmentation conséquente du salaire minimum.
"Nous sommes venus pour approfondir les réformes et accélérer les transformations sociales que le pays réclame avec urgence afin de les rendre irréversibles", a-t-il proclamé lors de la campagne.
Lors de ses meetings, il s'entoure fréquemment d'indigènes, de paysans et de victimes du conflit armé colombien, qui dure depuis plus de six décennies.
- "Stratège" -
D'autres décès ont marqué sa vie : celui de sa mère, morte à 37 ans d'une tumeur au cerveau, et l'assassinat, alors qu'il était candidat à la présidence, de son parrain politique Bernardo Jaramillo Ossa, en 1990.
Il est connu pour son scepticisme et son calme apparent d'homme qui ne perd jamais le contrôle de ses émotions.
Bien qu'il ait vécu dans le bloc soviétique, il rejette le communisme et mise sur un "capitalisme productif" et "diversifié".
Son ton placide, son attitude réservée contrastent avec la verve et la véhémence du provoquant Gustavo Petro, ex-membre de guérilla.
M. Cepeda est "un stratège qui réfléchit sur le long terme" et "personne ne parvient à le faire sortir de ses gonds", juge son ami Leon Valencia, auteur du livre "Ivan Cepeda, une vie contre l'oubli", interrogé par l'AFP.
Il soigne chacune de ses interventions et écrit minutieusement chacun de ses discours.
Ivan Cepeda est l'ennemi juré de la grande figure de la droite colombienne, l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010). Avec M. Petro, ils ont été les fers de lance de débats acharnés au Parlement où ils ont dénoncé les liens entre M. Uribe et des groupes paramilitaires.
Au terme d'une procédure judiciaire de plus d'une décennie, le sénateur Cepeda a démontré que l'ancien chef de l'Etat avait soudoyé des paramilitaires, le faisant condamner à 12 ans d'assignation à résidence. Une sentence ensuite annulée.
Ivan Cepeda a dû se battre contre un cancer et une tumeur au foie et a avoué en 2022 avoir "eu peur de mourir", mais assure aujourd'hui être en parfaite santé.
Sans enfants, il vit avec son épouse et leurs trois chiens chow-chow.
R.Halabi--SF-PST