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Accord Iran/Etats-Unis: comment l'industrie pétro-gazière se prépare à l'après-guerre
Si l'accord annoncé entre les Etats-Unis et l'Iran ouvre la voie à une réouverture du détroit d'Ormuz, le retour à une certaine normalité pour le commerce des hydrocarbures s'annonce progressif et nécessitera l'adaptation du secteur pétro-gazier.
Question: Tout redeviendra-t-il comme avant?
Réponse: "Une réouverture crédible du détroit d'Ormuz constituerait l'un des développements les plus importants pour l'économie mondiale à l'heure actuelle", a réagi lundi l'économiste en chef du cabinet Rystad Energy, Claudio Galimberti.
Depuis fin février, ce corridor maritime crucial pour le commerce de pétrole et de gaz est devenu un symbole de la fragilité des chaînes d'approvisionnement.
Le vice-président américain JD Vance a affirmé lundi à la chaîne CNBC que les Etats-Unis s'attendaient à ce que l'Iran n'applique pas de péage du détroit lors de sa réouverture complète, tandis que la diplomatie iranienne a évoqué des "frais" de service maritime.
"Nous sommes passés à une nouvelle donne", résumait l'expert des matières premières Philippe Chalmin, coordinateur du rapport de référence CyclOpe, lors d'une conférence de presse début juin. "Ormuz peut être bloqué, ce que nul n'avait imaginé."
Il faisait aussi le constat d'un détroit qui "ne sera plus jamais comme avant", quelle que soit l'issue du conflit, et formulait l'hypothèse d'un lieu de transit qui deviendrait "probablement un +détroit péage+, ce qui honnêtement n'est pas dramatique".
Le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné avait jugé mi-avril préférable une réouverture du détroit, "même si cela implique de verser une compensation", plutôt que de maintenir le passage verrouillé.
Q: Accord Iran-Etats-Unis: quelles conséquences dans l'immédiat?
R: L'annonce de l'accord a entraîné une baisse des prix des hydrocarbures et une hausse des marchés boursiers.
Pour autant, les professionnels temporisent: "on est vraiment dans l'attente de la signature d'un accord qui soit bien concret et des preuves tangibles que le détroit d'Ormuz rouvre", souligne auprès de l'AFP Blandine Ruty, secrétaire générale du syndicat de l'industrie pétrolière française (Ufipem). "S'il y a effectivement ces signes de stabilité politique propres à redonner une stabilité aussi sur les marchés", les prix continueront à baisser, dit-elle.
Mais "il faudra du temps pour que la production remonte en puissance, que les chaînes logistiques se normalisent et pour dissiper la prime de risque intégrée aux prix du pétrole brut", poursuit Claudio Galimberti, de Rystad Energy.
"Il y a des doutes sur les capacités d’un certain nombre de puits à repartir rapidement en production, ce n’est pas un robinet qu’on tourne", a aussi déclaré lundi à l'AFP Philippe Chalmin, en référence aux infrastructures endommagées dans le Golfe.
Q: Comment les géants du secteur vont-ils s'adapter ?
R: Au-delà du risque géopolitique, la guerre a mis en évidence le "risque logistique, assurantiel, de stockage" du commerce énergétique lié au détroit d'Ormuz, souligne Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management. En clair: "on peut produire un baril, mais si la voie maritime est perturbée, il devient un stock bloqué", résume-t-il auprès de l'AFP.
Cette prise de conscience pourrait accélérer le passage d'une logistique énergétique du "+juste à temps+ à une logistique du +au cas où+", ajoute-t-il.
Concrètement, le secteur des hydrocarbures va devoir "repenser le stockage, les pipelines, la diversification de la production et des routes de transit, mais uniquement dans des limites réalistes".
TotalEnergies, par exemple, compte lancer de nouveaux projets de petite envergure, capables de produire rapidement. Son PDG Patrick Pouyanné a aussi évoqué récemment la construction de "nouveaux pipelines".
Mais cela n'est utile que pour le pétrole brut. Car "pour les produits raffinés et le gaz naturel, si le détroit d'Ormuz est bloqué, vous êtes bloqués à 100%", soulignait l'expert du pétrole Francis Perrin début juin, en marge de la présentation du rapport CyclOpe.
Des producteurs comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent déjà grâce au développement de leur pipelines "de routes de contournement significatives". Mais leurs capacités de transport "ne peuvent pas remplacer le détroit d'Ormuz", ajoute Stephen Innes.
"On peut construire des marges de sécurité, mais on ne construit pas un autre Ormuz du jour au lendemain", prévient l'analyste.
H.Nasr--SF-PST