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Israël et l'Iran s'attaquent mutuellement pour la première fois depuis la trêve
Israël et l'Iran ont repris leurs attaques directes pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois, douchant les espoirs lundi de Donald Trump de parvenir rapidement à un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Après 100 jours de conflit et l'entrée en vigueur le 8 avril d'un cessez-le-feu déjà très fragilisé, la région s'embrase à nouveau, malgré les appels du président américain à la retenue adressés à Israël.
Depuis dimanche soir, l'Iran a tiré six salves de missiles contre Israël, en réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien qui a fait deux morts et 20 blessés.
Et ces tirs sont un "avertissement", a prévenu Téhéran, menaçant d'une "riposte plus large", alors que la République islamique jugent indissociables les deux fronts du conflit.
Lundi, Jérusalem s'est réveillée au son des explosions et des alertes, ont constaté des journalistes AFP. Les écoles resteront fermées dans tout le pays et l'armée israélienne a dit "rester en état d'alerte élevé et pleinement prête à continuer ses opérations sur tous les fronts contre ceux qui menacent".
A Téhéran, une puissante explosion a été entendue dans la matinée par un journaliste de l'AFP, faisant trembler les locaux du ministère des Affaires étrangères, où il assistait à une conférence de presse.
Quelques heures plus tôt, la télévision d'Etat iranienne avait fait état d'explosions à Téhéran et les villes de Tabriz (nord-ouest) et Ispahan (centre), au moment où l'armée israélienne annonçait que son aviation avait bombardé "des cibles militaires appartenant au régime terroriste iranien dans l'ouest et le centre de l'Iran".
Une usine pétrochimique à Mahshahr (sud-ouest) a été endommagée et son personnel évacué, selon les médias iraniens.
- "C'est moi qui décide" -
Israël a indiqué de son côté avoir frappé et détruit des systèmes de défense en Iran. "Aucun pays qui se respecte ne tolèrerait une telle attaque", a commenté sur X l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis Yechiel Leiter.
Si des escarmouches ont eu lieu ces derniers jours autour du détroit d'Ormuz entre Etats-Unis et Iran, c'est la première fois que Téhéran cible le territoire israélien depuis le cessez-le-feu du 8 avril et qu'Israël bombarde le sol iranien.
Cette reprise des hostilités "affectera" les pourparlers avec les Etats-Unis même si les tractations diplomatiques via le médiateur pakistanais se poursuivent, selon le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.
Le président américain, qui n'a pas caché ces derniers jours ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, avait pourtant appelé Israël à ne pas riposter, selon le site américain Axios. "C'est moi qui décide (...), ce n'est pas lui", a-t-il assuré dans une interview au Financial Times dimanche.
Ils avaient déjà eu un échange musclé il y a quelques jours, selon M. Trump, mécontent de l'offensive israélienne au Liban alors qu'il cherche une sortie à un conflit très impopulaire aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat.
- Trafic aérien perturbé -
Dans ce contexte fébrile, les prix du pétrole, qui ont déjà flambé ces dernières semaines en raison du blocage du détroit d'Ormuz, repartaient à la hausse: vers 07H20 GMT, le baril de Brent, référence européenne, gagnait 4,95% à 97,80 dollars.
Et les Bourses mondiales évoluaient dans le rouge face à cette "situation fragile et imprévisible", selon un analyste financier.
Alimentant les craintes d'une nouvelle extension du conflit, les rebelles houthis du Yémen, alliés de l'Iran, ont revendiqué de leur côté une attaque contre Israël depuis le Yémen et décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre voie maritime stratégique.
Et en Arabie saoudite, les secours ont émis une brève alerte à la population dans la province d'Al-Kharj où se situe la base américaine de Prince Sultan.
L'Irak a fait état dimanche soir de la fermeture temporaire de son espace aérien, tout comme la Syrie - partiellement.
L'Iran a également fermé dimanche soir jusqu'à nouvel ordre son espace aérien dans la partie ouest du pays. Et les vols dans les deux aéroports de la capitale ont été suspendus.
Le Moyen-Orient "n'a pas besoin d'une escalade", a regretté la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas, tandis que Pékin s'est dit lui "profondément préoccupé".
- Divergences -
Ces attaques éloignent en effet encore la perspective d'un éventuel accord pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines. Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Mohsin Naqvi, pays médiateur dans ce conflit, est lui reparti de Téhéran, selon une source officielle pakistanaise.
D'autant que les points d'achoppement restent nombreux: le contrôle du détroit d'Ormuz (essentiel pour le commerce d'hydrocarbures), le programme nucléaire iranien et son stock d'uranium hautement enrichi ainsi que le sort des avoirs iraniens gelés à l'étranger sous l'effet des sanctions.
Autre difficulté: la question d'inclure ou non le Liban dans un éventuel accord entre Washington et Téhéran. Les Etats-Unis s'efforcent de dissocier les deux fronts, Téhéran exigeant de son côté un accord global.
Cité par l'agence Mehr, le conseiller de la diplomatie iranienne Ali Safari a affirmé que les tirs de missiles avaient eu lieu "après plus d'un mois de retenue face à des violations répétées du cessez-le-feu" de la part d'Israël, qui mènent des frappes incessantes au Liban.
L'agence officielle libanaise Ani a d'ailleurs fait état lundi matin de nouveaux bombardements sur le sud, en particulier dans la région de Tyr, ville millénaire.
Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait 3.613 morts depuis le début de la guerre le 2 mars, selon le dernier bilan des autorités dimanche. Côté israélien, 29 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban, d'après l'armée.
burx-san/anb
C.Hamad--SF-PST