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Présidentielle au Pérou: les électeurs appelés aux urnes pour un duel très serré
Les Péruviens commençaient à voter dimanche au Pérou pour un second tour présidentiel très serré entre la conservatrice Keiko Fujimori et le candidat de gauche Roberto Sanchez, sur fond de désillusion politique et d'exaspération face à la criminalité.
Les bureaux de vote ont commencé à ouvrir peu après 07H00 (12H00 GMT), a constaté l'AFP. Ils fermeront à 17H00 (22H00 GMT).
Près de 27 millions de Péruviens doivent élire dans un scrutin où le vote est obligatoire leur prochain président, le neuvième en dix ans. Il assumera ses fonctions le 28 juillet.
Les derniers sondages placent les deux candidats au coude-à-coude. Aucun n'a suscité un large soutien au premier tour, où ils ont totalisé à eux deux moins de 30% des suffrages.
"Nous avons un candidat Sanchez, qui ne nous garantit rien, et Keiko, qui traîne un lourd passé", a déclaré à l'AFP Carlos Altamirano, un ingénieur en mécanique de 49 ans, en votant dans le district populaire de San Martin de Porres à Lima.
Keiko Fujimori, 51 ans, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, qui a dirigé le pays d'une main de fer dans les années 1990, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive.
Elle revendique l'héritage contrasté de son père, crédité par ses partisans d'avoir stabilisé l'économie et vaincu les guérillas des années 1980 et 1990, mais condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.
Roberto Sanchez, ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois, porté par un fort soutien dans les régions andines, où de nombreux électeurs s'estiment délaissés par le pouvoir central de Lima.
Un juge a décidé vendredi de le renvoyer en procès pour de présumées irrégularités dans le financement de campagnes locales entre 2018 et 2020, des accusations qu'il rejette.
Quel que soit le vainqueur dimanche, il héritera d'un pays plongé dans une crise politique persistante qui a vu se succéder huit présidents depuis 2016.
Au centre de cette instabilité figure une disposition constitutionnelle permettant au Parlement de destituer le président pour "incapacité morale permanente", une notion aux contours flous.
Aucun des deux candidats ne disposera d'une majorité au Parlement, ce qui obligera le futur président à nouer des alliances pour espérer terminer son mandat.
"L'antifujimorisme reste fort, même s'il s'est affaibli, et Sanchez demeure largement méconnu. Si l'écart est très serré, le vainqueur risque de voir sa légitimité contestée, ce qui pourrait alimenter davantage l'instabilité", estime l'analyste David Sulmont.
- "Beaucoup de désordre" -
L'insécurité constitue l'autre grande préoccupation des électeurs. Selon un sondage, près de 70% des Péruviens espèrent que la lutte contre la criminalité sera la priorité du prochain président.
Lima a enregistré 23 homicides pour 100.000 habitants en 2025, soit trois fois plus que cinq ans plus tôt. L'extorsion touche particulièrement le secteur des transports.
"Un passager monte et il peut te tirer dessus par derrière", explique Jacob Condor, chauffeur de bus de 33 ans.
Au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés en 2025, principalement à Lima.
La candidate de droite promet de déployer l'armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d'extorsion et d'expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
"Nous représentons le progrès, eux le recul", a-t-elle lancé jeudi lors de son dernier meeting à Lima.
Roberto Sanchez défend une approche différente. Selon lui, la lutte contre la criminalité passe d'abord par le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement du système judiciaire et une réforme de la police.
Dimanche, "le peuple se lèvera pour réclamer la démocratie, les droits humains, la justice sociale et la paix sociale", a-t-il lancé lors de son dernier meeting, coiffé du chapeau paysan offert par l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l'héritage politique.
L'ancien instituteur est emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022. Roberto Sanchez a promis de le gracier s'il l'emporte.
Initialement soutenu par des mouvements ultranationalistes, Roberto Sanchez a recentré son discours au fil de la campagne, insistant sur le consensus, la stabilité et le respect des institutions.
Z.Ramadan--SF-PST