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La Bolivie vit une "rébellion" contre un gouvernement "soumis" aux Etats-Unis, affirme l'ex-président Morales à l'AFP
La Bolivie vit une "rébellion" contre un gouvernement "soumis" aux Etats-Unis, a affirmé mercredi à l'AFP l'ancien président de gauche Evo Morales, dont le pays est secoué depuis près d'un mois par des manifestations.
"C'est un gouvernement totalement soumis (aux Etats-Unis, NDLR). Je me rends compte que l'heure est venue de décider qui commande: l'empire ou le peuple", a déclaré M. Morales depuis la région du Chapare (centre).
"Cette rébellion s'oppose au modèle néolibéral et à l'Etat néocolonial", a-t-il ajouté.
Le président bolivien Rodrigo Paz a averti mercredi que la crise qui secoue le pays "approche du point de rupture", lors d'une nouvelle journée de manifestations réclamant sa démission.
M. Paz, qui a mis fin à 20 ans de gouvernements de gauche dans le pays, précédemment dirigé par Morales (2006-2019) et Luis Arce (2020-2025), est un nouvel allié latino-américain des Etats-Unis, qui lui ont exprimé leur soutien et ont averti que la Bolivie faisait face à une tentative de "coup d'Etat".
Son gouvernement affirme que les manifestations sont orchestrées par Evo Morales, visé par un mandat d'arrêt dans une affaire de traite présumée d'une mineure, accusations qu'il conteste. Depuis 2024, l'ex-président, déclaré inéligible par la justice, vit retranché dans le Chapare, protégé par ses partisans.
"J'aimerais me joindre (aux manifestations NDLR), mais cette affaire de trafic" ne me le permet pas, a-t-il déclaré.
- "Plus mon heure" -
Evo Morales a dénoncé un prétendu plan des Etats-Unis, selon lui soutenu par le gouvernement de M. Paz, visant à mener une opération militaire avec le soutien de la DEA, l'agence américaine de lutte contre le trafic de stupéfiants, et du Commandement Sud de l'armée américaine, afin de l'arrêter.
Sans le mentionner, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré la semaine dernière que Washington ne permettrait pas "que des criminels et des trafiquants de drogue renversent des dirigeants élus démocratiquement".
M. Morales a nié être à l'origine des manifestations, bien que ses partisans participent à des barrages routiers à Cochabamba (centre).
Les manifestations menées par les ouvriers, les paysans et les mineurs à La Paz ont provoqué des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant.
"C'est la faim qui motive cette mobilisation", a insisté celui qui fut le premier président indigène de Bolivie.
Mardi, le Congrès bolivien a permis, en abrogeant une loi, à M. Paz de déclarer l'état d'urgence et de contrôler les manifestations avec l'aide de l'armée sans l'accord du Parlement.
S'il le faisait, "je doute que le peuple" fasse marche arrière, a affirmé Evo Morales.
Empêché de se présenter aux élections présidentielles de 2025 en raison d'une décision de la Cour constitutionnelle, il propose au gouvernement actuel d'organiser des élections dans 90 jours, et a assuré à l'AFP qu'il n'avait "aucune envie" d'être à nouveau candidat.
"Ce n'est plus mon heure, mais j'ai le devoir d'accompagner" le mouvement politique, a-t-il conclu.
L.AbuTayeh--SF-PST