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De hauts responsables iraniens à Doha, Trump fait monter les enjeux d'un accord de paix
De hauts responsables iraniens se sont déplacés lundi à Doha pour des tractations en vue d'un règlement au Moyen-Orient, dont Donald Trump a fait monter les enjeux en appelant le Qatar et l'Arabie saoudite à normaliser leurs relations avec Israël.
Plus tôt, Téhéran avait fait état de progrès dans les discussions avec les Etats-Unis mais écarté la perspective d'un accord imminent pour tourner la page des hostilités.
La visite au Qatar de la délégation iranienne, incluant le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale, est la première de ce type depuis les frappes de représailles menées par Téhéran contre ses voisins du Golfe lors de la guerre.
Selon l'agence officielle iranienne Irna, "il semble que certains engagements américains, dans le cadre de cet accord, seront mis en oeuvre avec l'aide de Doha" et "ce voyage vise à s'assurer de la disponibilité du Qatar à apporter son soutien dans les domaines liés aux engagements américains".
Le dégel des avoirs iraniens bloqués à l'étranger, notamment au Qatar, constitue une question cruciale pour un Iran affaibli par des décennies de sanctions américaines et la guerre, selon Ali Vaez, de l'International Crisis Group.
Mais dans le même temps, le président Trump a semblé faire monter les enjeux d'un éventuel accord de paix.
- "Désastre" -
Dans un long message sur les réseaux sociaux, il a énuméré les dirigeants de pays à majorité musulmane avec lesquels il a eu des discussions ces derniers jours, affirmant "qu'après tout le travail effectué par les Etats-Unis (...) tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham".
Signés en 2020, ces accords ont débouché sur une normalisation des relations des Emirats arabes unis et de Bahreïn, deux proches alliés de Washington dans le Golfe, avec Israël.
Mais nombre d'Etats ont jusqu'ici refusé de se joindre à ce processus, en particulier l'Arabie saoudite, ainsi que la Syrie et le Liban, voisins d'Israël, en particulier depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza.
Au vu du "désastre que s'est avérée être la guerre" déclenchée par des frappes israélo-américaines le 28 février, cette nouvelle demande de l'administration américaine "montre à quel point elle comprend mal le Moyen-Orient", estime auprès de l'AFP Anna Jacobs, de l'Institut des Etats arabes du Golfe basé à Washington.
Après des semaines d'impasse, les négociations ont paru se débloquer ces dernières 48 heures.
"Il est exact de dire que nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions en discussion", a commenté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
"Mais de là à dire que la signature d'un accord est imminente, personne ne peut l'affirmer", a-t-il ajouté, accusant Washington d'être versatile.
M. Trump a lui aussi tempéré les espoirs d'une conclusion rapide. "Soit l'accord avec l'Iran sera un accord excellent et significatif, soit il n'y aura pas d'accord", a-t-il écrit, alors que son allié israélien insiste sur la nécessité d'"éliminer entièrement la menace nucléaire" - un point que Téhéran ne veut pas aborder dans l'immédiat.
- "Je n'ai pas d'espoir" -
Dans cette situation parfois confuse, des Iraniens n'osent pas envisager une amélioration de leur quotidien, eux qui subissent une "pression économique et une inflation affreuse", témoigne Mohammad, un acteur de théâtre de 28 ans interrogé par une journaliste de l'AFP depuis Paris.
"Je serais ravi qu'un accord de long terme soit conclu, avec la fin des sanctions, et de bonnes relations avec le reste du monde, mais je n'ai pas d'espoir", dit-il.
Les marchés ont quant à eux préféré retenir les avancées dans les négociations, notamment la perspective d'une réouverture du détroit d'Ormuz, dont le verrouillage par Téhéran fait flamber les cours de l'or noir.
Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole, perdait plus de 5% lundi, passant sous 100 dollars pour la première fois depuis deux semaines. Et les Bourses européennes ont clôturé en nette hausse.
Le conflit a ébranlé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban où le mouvement pro-iranien Hezbollah a rejoint les hostilités début mars en visant le territoire israélien.
Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis.
Un autre est en vigueur au Liban depuis le 17 avril, mais Israël et le Hezbollah pro-iranien s'accusent mutuellement de le violer, poursuivant leurs attaques quotidiennes. Le front libanais pourrait être la "pilule empoisonnée" qui ferait capoter un accord, avertit M. Vaez.
Selon Téhéran, le cessez-le-feu doit s'appliquer à tous les fronts de la guerre régionale, y compris au Liban, où de nouvelles frappes israéliennes ont fait trois morts lundi, selon l'agence officielle libanaise Ani.
T.Samara--SF-PST