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Hongrie: Peter Magyar arrive au pouvoir avec la promesse d'un changement de régime
Le conservateur pro-européen Peter Magyar doit officiellement être investi Premier ministre par le parlement hongrois samedi, un peu moins d'un mois après sa victoire écrasante aux législatives contre le nationaliste Viktor Orban.
Après l'ivresse du succès, qui a vu les Hongrois danser et chanter dans les rues de Budapest, les attentes sont grandes vis-à-vis de celui qui a promis un "changement de régime" pour mettre fin à la corruption et aux atteintes aux libertés qui ont marqué les 16 ans de règne Orban.
La Hongrie fait face aussi à de nombreux défis économiques, à commencer par la stagnation de son économie et une dégradation des services publics, nécessitant des réformes structurelles qui prendront du temps.
Pour le moment, les Hongrois font preuve "d'une grande patience et de beaucoup de bonne volonté envers le nouveau gouvernement", souligne Andrea Virag, directrice de la stratégie du centre de réflexion libéral Republikon. "Mais les attentes sont énormes et doivent aussi être satisfaites à court terme", dit-elle à l'AFP.
Peter Magyar, 45 ans, doit prêter serment lors de la séance inaugurale du parlement qui s'ouvre à 10H00 heure locale (08H00 GMT), et sera retransmise sur de grands écrans installés autour du bâtiment dont l'immense silhouette néogothique domine le Danube.
Conscient que l'état de grâce pourrait ne pas durer, il se montre pressé de faire adopter des réformes pour "rapatrier" les fonds européens gelés en raison des atteintes à l'Etat de droit passées. D'autant que la Hongrie est confrontée à une échéance en août, où elle pourrait perdre 10 milliards d'euros du plan de relance post‑Covid.
La semaine dernière, Peter Magyar s'est rendu à Bruxelles où il a tenu des réunions informelles avec les dirigeants de l'UE, dans l'espoir d'obtenir d'ici fin mai le déblocage de cet argent sur lequel il compte pour tenir ses promesses de campagne.
Tout en accueillant à bras ouverts ce nouveau venu en politique, qui a promis de renouer des relations apaisées avec l'UE, Bruxelles pourrait toutefois attendre l'adoption de réformes concrètes avant de satisfaire ses attentes.
- "Réconciliation" -
Peter Magyar s'est déjà engagé à adhérer au Parquet européen, à lutter contre la corruption et assurer l'indépendance de la justice et de la presse.
Pour ce faire, il dispose d'une large marge de manoeuvre grâce à sa majorité qualifiée au parlement, où son parti Tisza a remporté 141 sièges sur 199.
Il a aussi menacé de modifier la Loi fondamentale pour obtenir le départ du président Tamas Sulyok, un proche de M. Orban, si celui-ci refusait de démissionner, et de démettre "toutes les marionnettes nommées par le système Orban à des postes‑clés", dont le Procureur général ou le président de la Cour constitutionnelle.
Les festivités pour son investiture samedi, à l'intérieur et l'extérieur du Parlement, sont chargées de symboles, avec des drapeaux et de la musique rendant hommage à l'appartenance de la Hongrie à l'UE, à son importante minorité rom et aux minorités hongroises vivant dans les pays voisins.
"Magyar cherche à montrer qu'il incarne une forme d'unité nationale et de réconciliation après la politique de division d'Orban", estime Andrea Virag.
Le parlement, d'où sont pour la première fois absents les partis de centre gauche depuis les premières élections libres de 1990, doit élire Agnes Forsthoffer à sa présidence, l'une des nombreuses femmes auxquelles Tisza a confié des postes de premier plan.
Le nouveau parti au pouvoir s'efforce d'offrir une représentation plus diversifiée que la coalition sortante, avec des nominations qui incluent aussi Krisztian Koszegi, professeur d'histoire rom à la vice-présidence du parlement, et du premier ministre non-voyant de l'histoire du pays, Vilmos Katai-Nemeth, aux Affaires sociales.
Tandis que les analystes estiment que Peter Magyar sera confronté à des difficultés en raison de l'expérience politique limitée de son équipe largement technocratique, il a commis un premier faux pas en tentant de nommer ministre de la Justice l'avocat Marton Mellethei-Barna, son futur beau-frère, suscitant un certain malaise dans un pays marqué par des années de népotisme.
Ce dernier a annoncé jeudi qu'il renonçait afin "qu'aucune ombre, même la plus légère, ne soit jetée sur la transition vers la démocratie".
Y.Zaher--SF-PST