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Mali : les jihadistes du JNIM appellent à un large "front commun" conre la junte, Bamako sous blocus
Les jihadistes du JNIM, alliés à Al-Qaïda, ont appelé jeudi à un large "front commun" pour "mettre fin à la junte" au Mali et "une transition pacifique et inclusive" dans ce pays sahélien dont ils ont commencé le même jour à soumettre la capitale Bamako à un blocus routier.
La déclaration du JNIM, en français sur sa plate-forme Az Zallaqa, est publiée cinq jours après les attaques coordonnées et sans précédent que ce groupe jihadiste a menées avec des rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA), une rébellion à dominante touareg, contre des positions stratégiques des militaires, au pouvoir depuis 2020, dans plusieurs villes, dont la capitale et sa voisine et fief de la junte, Kati, ainsi que Kidal, Gao, toutes deux dans le nord, et Sévaré, dans le centre.
"Nous appelons tous les patriotes sincères, sans distinction aucune, à se lever et à unir nos forces dans un front commun" incluant "les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne", dit le groupe jihadiste.
"Il est impératif de mettre fin" à la junte, pour "une transition pacifique et inclusive" pour un "nouveau Mali" dont "l'une des priorités essentielles (sera) l'établissement de la charia" (loi islamique), ajoute t-il.
La déclaration est également publiée le même jour où le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) a commencé à imposer un blocus routier à Bamako, après l'avoir annoncé mardi. Le trafic aérien vers les pays voisins reste, quant à lui, maintenu.
Ce blocus est de mise dans la capitale où, dans la matinée, un hommage national a été rendu au ministre Sadio Camara, en présence du chef de la junte malienne Assimi Goïta et devant des milliers de personnes, avant son inhumation à Kati dans l'après-midi.
Le général Camara a été tué samedi à Kati au cours des attaques. L'hommage qui lui a été rendu, au bataillon du génie militaire situé dans le centre de Bamako, s'est déroulé sous très haute sécurité, a constaté l'AFP.
Des posters à l'effigie de Sadio Camara, 47 ans, étaient dressés un peu partout dans l'enceinte de la brigade. M. Camara était une figure-clef de la junte et considéré comme l'architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie.
Les obsèques ont eu lieu en présence des ministres de la Défense du Niger et du Burkina Faso, également dirigés par des juntes, et qui forment avec le Mali l'Alliance des Etats du Sahel (AES).
- "Héros" -
En tenue de combat et portant des lunettes noires, Assimi Goïta a rendu hommage au général Camara en s'inclinant devant son cercueil, recouvert du drapeau vert-jaune-rouge du Mali et sur lequel était posée sa casquette militaire.
"Il a contribué à définir les priorités du Mali en matière de défense. Il représentait une fidélité indéfectible à l'intérêt général. Malgré le poids des responsabilités, il n'a jamais dérogé à ses missions", a témoigné le Premier ministre Abdoulaye Maïga en évoquant M. Camara. "Vous êtes tombé en martyr. Vous êtes parti en héros", a-t-il lancé.
Bakary Camara, le porte-parole de la famille, a de son côté rendu hommage à un "père, un époux et un fils attentif". "Il est tombé en martyr et son nom sera gravé au Panthéon de la reconquête de la patrie", a-t-il déclaré.
Les témoignages ont été suivis d'un défilé militaire en hommage au général Camara.
Sadio Camara a été tué par un "véhicule piégé conduit par un kamikaze" ayant pris pour cible sa résidence, selon le gouvernement malien. Il a été élevé au grade de général d'armée à titre posthume.
- Coup dur pour la junte -
Sa mort est un coup dur pour la junte, plus que jamais affaiblie, qui se retrouve dans une situation très difficile, tandis que la ville stratégique de Kidal (nord) est désormais sous contrôle des groupes armés qui semblent continuer de progresser dans le nord.
Cette mort, les attaques d'ampleur et la perte de Kidal jettent également le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu'ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats avec l'étranger et son effort militaire accru avaient permis d'inverser la tendance face aux combattants islamistes.
Le Mali fait face à une situation sécuritaire critique et est en proie à l'incertitude et à la fébrilité après les attaques coordonnées et simultanées de ces groupes armés à travers son territoire, qui ont fait au moins 23 morts civils et militaires, selon une source hospitalière.
Mardi, M. Goïta a affirmé que la situation était désormais "maîtrisée", tout en reconnaissant un moment d'une "extrême gravité".
"La situation est loin d'être sous contrôle", a rétorqué mercredi le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, dans un entretien exclusif avec l'AFP, affirmant que le régime militaire "va tomber, tôt ou tard".
Moscou a de son côté affirmé jeudi que ses forces se maintiendraient au Mali, rejetant ainsi l'appel des rebelles à un retrait russe du pays.
B.AbuZeid--SF-PST