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Le défi de l'UE, boucler le budget avant une possible victoire de l'extrême droite en France
Une course contre la montre: Bruxelles espère trouver un accord sur le futur budget européen d'ici fin 2026. Soit quelques mois avant la présidentielle en France, deuxième puissance économique du continent, où l'extrême droite pourrait accéder au pouvoir.
Les négociations budgétaires des Vingt-Sept sont toujours un exercice périlleux avec "des menaces de blocage de nombreux camps", souligne une diplomate européenne, qui souhaite garder l'anonymat.
Dans un tel contexte, "c'est plus facile d'avoir un président et un gouvernement français modérés qu'eurosceptiques".
Même si la présidentielle est encore lointaine, le Rassemblement national représente un épouvantail pour la plupart des fonctionnaires et diplomates de la bulle européenne.
Aux yeux de Bruxelles, l'un des enjeux décisifs de l'élection française est budgétaire: le Rassemblement national ne cesse de répéter qu'il veut réduire nettement la contribution annuelle de la France à l'Union européenne, fixée à environ 28,8 milliards d'euros en 2026.
Pour s'en prémunir, l'UE voudrait obtenir dès la fin de l'année un accord sur le budget de 2028 à 2034, qui fixe l'enveloppe financière globale et les grandes priorités.
Sceller un compromis avant la présidentielle française est une stratégie "assumée", affirme un haut fonctionnaire européen. "En cas de victoire, le RN pourrait mettre en scène un blocage des négociations. Ce serait une catastrophe économique".
Le rabais que Marine Le Pen, la cheffe de file du RN, et Jordan Bardella, son président, réclament pour la France "serait inacceptable pour les autres puissances, alors que la France est bénéficiaire de la politique agricole commune (PAC) et que, rapporté à la population, elle paie moins que les Pays-Bas ou l'Allemagne", ajoute-t-il.
Le calendrier s'annonce très serré, tant les négociations sont sensibles, notamment sur la PAC ou les ressources propres de l'Europe, nouvelles taxes ou non, recours à l'endettement...
Les dirigeants européens aborderont le budget lors d'un sommet informel à Chypre jeudi et vendredi prochains.
"Nous devons avoir un débat franc", "notamment sur l'importance des nouvelles ressources propres", plaide Antonio Costa, le président du Conseil européen, l'instance qui représente les Vingt-Sept.
Selon lui, il n'est pas possible de faire approuver le budget pendant la longue séquence électorale de 2027, marquée par la présidentielle en France et des législatives attendues en Italie, en Pologne, en Grèce ou en Espagne.
Il vise donc un accord dès décembre lors d'un sommet qui s'annonce déjà extrêmement difficile et pourrait s'étirer sur plusieurs jours.
- "Sous stéroïdes" -
L'accélération du calendrier est liée à "l'inquiétude des autres Etats membres. Ils ont très peur que la France bascule" à l'extrême droite, assure l'eurodéputée centriste Fabienne Keller.
Le Conseil européen avance toutefois un argument technique: les administrations auront besoin de temps pour s'adapter à la nouvelle architecture du budget et tout doit être prêt pour décaisser des fonds dès le 1er janvier 2028.
"Cet argument ne tient pas la route", balaie l'eurodéputé RN Julien Sanchez.
Le calendrier européen est "politique", estime-t-il. "Il est anormal que le budget européen 2028-2034 qui concernera le prochain ou la prochaine présidente (en France) soit décidé par son prédécesseur".
Au passage, cet élu relève que le précédent budget pour la période 2021-2027, assorti d'un plan de relance face au Covid, n'avait été validé qu'en juillet 2020.
Le budget n'est qu'un baromètre de l'inquiétude plus générale à Bruxelles autour de la présidentielle en France, où l'extrême droite caracole dans les sondages.
"L'euroscepticisme est sous stéroïdes en France", s'alarme un haut fonctionnaire.
La défaite de Viktor Orban en Hongrie dimanche dernier - l'un des principaux alliés du parti lepéniste - a-t-elle rassuré les détracteurs du RN?
Electoralement, ce sont deux dynamiques très différentes, répond un diplomate, puisque le Premier ministre nationaliste hongrois sortait de seize années au pouvoir, quand le RN n'a jamais gouverné.
En attendant la présidentielle, le RN s'emploie à gagner du terrain au Parlement européen, en travaillant davantage le fond des dossiers, pour peser sur les évolutions législatives.
Fin mars, grâce à une alliance de la droite et de l'extrême droite, les eurodéputés ont par exemple adopté une loi ouvrant la voie à des "hubs de retour", des centres où renvoyer les migrants en dehors de l'Union européenne.
I.Yassin--SF-PST