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En Afghanistan, la scolarité de milliers d'élèves brisée par la guerre avec le Pakistan
Une classe au plafond troué par un obus, le laboratoire de sciences jonché d'éclats de verre, une cour de récréation déserte: à Barikot, comme dans d'autres villages de l'est de l'Afghanistan, la guerre avec le Pakistan a brisé la scolarité de milliers d'élèves.
Niché sur un versant de l'Hindou Kouch, dans la province de Kunar, Barikot, 8.000 habitants en temps normal, est resté inaccessible plusieurs semaines en raison des risques de bombardements pakistanais. Avec la récente réouverture de la route, une équipe de l'AFP a pu se rendre dans cette localité frontalière désertée par ses résidents.
Les commerces de la rue principale ont leur rideau de fer baissé, certains ne sont plus qu'un tas de gravats.
Dans le complexe qui regroupe école primaire, collège et lycée, règne un silence inhabituel. La poussière recouvre cahiers, livres et plannings accrochés au mur, comme figés depuis un bombardement le 2 avril.
"C'est l'école où j'ai étudié, je me sens trop triste", lâche Ruhollah Khpalwak, commerçant de 23 ans, en montrant les dommages causés, selon lui, par des obus du Pakistan.
Il fait partie des rares personnes encore présentes dans ce village fantôme depuis que le conflit entre les deux pays voisins s'est intensifié le 26 février, faisant des centaines de morts civils en Afghanistan, selon l'ONU.
Islamabad accuse son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières au Pakistan. Les autorités talibanes afghanes démentent. Le 27 février, le gouvernement pakistanais a promis une "guerre ouverte".
- 22 écoles endommagées -
Depuis, "12.000 élèves déplacés ou affectés par le conflit ont besoin d'espaces sécurisés pour apprendre ou de leçons de rattrapage" en Afghanistan, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
Vingt-deux écoles, dont celle de Barikot, ont été endommagées dans la province de Kunar et "doivent être réhabilitées de manière urgente", ajoute l'OCHA.
Interrogé pour savoir si des activistes du TTP se trouvaient à Barikot, Ruhollah Khpalwak, comme quelques hommes rencontrés dans le village, affirme ne pas savoir.
Faridoon Habibi, pharmacien au centre de santé de Barikot, regrette lui les destructions dans cet établissement désormais fermé qui accueillait des centaines de patients par jour.
L'armée pakistanaise n'a pas répondu aux questions de l'AFP au sujet des accusations selon lesquelles ses troupes ont visé l'école et le centre de santé.
"Les civils et les infrastructures civiles ne doivent pas être visées, ce conflit doit s'arrêter", rappelle Maisam Shafiey, porte-parole de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), qui aide des milliers de déplacés dans le pays.
- "Besoin de paix" -
"Nous avons besoin de paix", plaide aussi Faridoon Habibi, parce qu'ici, "il y un frère d'un côté et un frère de l'autre", ajoute-t-il en faisant référence à la ligne Durand toute proche qui sépare Pakistan et Afghanistan.
Tracée à l'époque coloniale britannique, elle divise aussi des communautés pachtounes, partageant la même langue et la même culture.
L’Afghanistan ne l'a jamais reconnue. Les habitants de Barikot se considèrent ainsi comme "frères" avec leurs proches voisins pakistanais et blâment Islamabad pour les violences.
Malgré des discussions en Chine début avril, les deux pays ne sont convenus d'aucun cessez-le-feu.
Si les affrontements ont diminué, les habitants de Barikot comme ceux d'autres localités frontalières craignent toujours de rentrer chez eux.
En Afghanistan, 94.000 personnes sont déplacées dont 25.300 dans la seule province de Kunar, selon l'ONU. "La situation humanitaire est terrible", souligne M. Shafiey.
Des milliers de personnes vivent au bord de la rivière Kunar, dans des tentes sommaires assemblées avec des toiles du Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés, des sacs de jute ou des bouts de plastique attachés à des branches d'arbre. La seule source d'eau potable est un puits à une heure de marche aller-retour.
- "Ca me fait pleurer" -
"Les femmes ont beaucoup de problèmes. Cela fait un mois et demi qu'elles vivent dans ces tentes, c'est difficile car nous n'avons pas de toilette, pas d'endroit pour se laver", témoigne Asmatullah Malangzay, 26 ans.
Cet informaticien vit avec son épouse et ses trois enfants dans une petite tente, avec un tapis au sol, quelques coussins et un simple réchaud à gaz pour cuisiner.
"Nous sommes bouleversés parce que les enfants sont privés d'école", ajoute Mohammad Nabi Gujar, ouvrier de 40 ans et père de neuf enfants.
Celles de Marawara, où est le campement, et d'Asadabad, chef-lieu provincial, ont déjà atteint leur nombre maximal d'élèves, relève le directeur du département de l'Information de Kunar Najibullah Hanif.
Les autorités tentent de trouver des solutions, notamment en transférant des familles vers des camps plus organisés créés pour les victimes d'un tremblement de terre meurtrier l'été dernier.
"Ici, les enfants errent dans la saleté et le sable", se lamente Mohammad Amin Shakir, 40 ans, barbe grise soigneusement taillée.
L'homme déplacé lui aussi par le conflit dans une minuscule tente, était principal d'une école primaire qui comptait 200 élèves. D'une voix douce, il confie: "Ca me fait pleurer, ces élèves qui étudiaient, et qui aujourd'hui sont privés d'éducation".
I.Saadi--SF-PST