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Des Libanais découvrent leur village détruit à travers des photos de l'AFP
En regardant une photo de l'AFP, Khalil Hamdan reconnaît la maison qu'il occupait, ou ce qu'il en reste: un amas de gravats à Maiss al-Jabal, village frontalier du sud du Liban, où l'armée israélienne mène des opérations de destruction systématique.
"Le travail de toute une vie s'est volatilisé en un instant. Parfois, on se dit que la mort vaut mieux que la vie que nous menons", se désole cet homme de 59 ans, joint par téléphone par l'AFP.
Des images prises mercredi par un photographe de l'AFP depuis le côté israélien de la frontière montrent l'ampleur des dégâts dans deux villages libanais frontaliers. On y voit également des bulldozers et autres engins de chantier en train de démolir des bâtiments dans l'un d'eux.
L'AFP a pu localiser à Maiss al-Jabal l'un des bâtiments visibles sur les images grâce au service de cartographie Google Maps, une identification confirmée auprès de Hassan Taha, un membre de la municipalité, qui a lui aussi regardé les photos.
Khalil Hamdan raconte que sa maison avait déjà été détruite lors de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, achevée en novembre 2024.
Après le cessez-le-feu, ce vendeur ambulant de tapis et d'articles d'ameublement était revenu et avait loué une autre maison, y consacrant le reste de ses économies, avant d'être contraint de fuir à nouveau avec le déclenchement du nouveau conflit le 2 mars, pour se réfugier dans une zone montagneuse proche de Beyrouth.
"Tout l'argent que j'avais gagné, je l'ai investi pour reconstruire un foyer, et j'ai tout perdu une deuxième fois", souffle-t-il.
Israël, dont l'armée a progressé dans le sud du Liban, a affiché son intention de détruire les villages frontaliers afin d'empêcher le retour de leurs habitants.
Fin mars, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que "toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies", avec pour objectif d'"éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord" d'Israël.
Dans une lettre adressée le mois dernier au ministre, Human Rights Watch a fait part de sa "vive inquiétude".
Le dernier pont reliant la rive sud du fleuve Litani au reste du pays a été détruit, isolant cette région, a affirmé l'armée libanaise jeudi.
Selon une source militaire libanaise, les forces israéliennes ont avancé de cinq à dix kilomètres en plusieurs points du sud du Liban dans le cadre de leur offensive.
- "Nous n'en pouvons plus" -
A Maiss al-Jabal, les destructions ne datent pas d'hier: environ la moitié du village, en particulier sa partie orientale, avait été détruite avant la dernière guerre, indique M. Taha.
Mais les photos de l'AFP qu'il a consultées montrent, selon lui, des destructions récentes, y compris dans le centre du village.
"Nous ne pouvons pas encore calculer le pourcentage actuel de destruction. Il était d'environ 50% (...) mais d'après les images, nous pensons qu'il pourrait atteindre 80%", dit-il.
Les autorités libanaises ne disposent pas encore d'une estimation publique actualisée de l'ampleur des destructions.
La Banque mondiale avait estimé le coût de la reconstruction après la précédente guerre à environ 11 milliards de dollars, un processus à peine entamé lorsque le conflit actuel a éclaté.
Pour Khalil Hamdan, la perte ne se limite pas à son logement: il a également perdu une oliveraie ancienne héritée de ses ancêtres, et dit se sentir "lésé".
"Je ne suis affilié à aucun parti et je n'ai rien à voir avec des groupes politiques. Je suis un citoyen qui aime son Etat, et je veux qu'il soit présent pour me protéger", explique-t-il.
"Trois ans sans travail et des déplacements constants d'un endroit à un autre, nous n'en pouvons plus".
T.Ibrahim--SF-PST