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Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti pas prêt à "passer la main"
Ismaïl Omar Guelleh avait en 2022 assuré avoir "dépassé l'âge" et devoir "passer la main". Quatre ans plus tard, à 78 ans, le chef de l'Etat djiboutien, au pouvoir depuis 1999, s'y est finalement refusé au nom de la "stabilité" et a annoncé avoir été réélu, sans surprise, pour un sixième mandat à la tête de ce petit territoire stratégiquement situé de la Corne de l'Afrique.
Le chef de l'Etat n'était opposé qu'à un seul candidat, Mohamed Farah Samatar, chef d'un petit parti sans envergure politique.
Président d'un des pays les moins peuplés du continent (environ un million d'habitants), celui qui est surnommé IOG a su exploiter sa position géographique stratégique, aux confins de l'Afrique et de la péninsule arabique, qui l'ont rendu incontournable et influent sur la scène internationale.
"Non, non et non, trois fois!": en 2022 le chef de l'Etat assurait aussi qu'il ne toucherait pas à la Constitution fixant à 75 ans l'âge limite pour briguer la présidence. En novembre, la loi fondamentale a pourtant finalement été modifiée pour lui ouvrir la voie à un nouveau mandat.
IOG est né en 1947 à Dire-Dawa, en Ethiopie voisine, où son père était cheminot. Il rentre à 13 ans dans son pays, alors Côte française des Somalis, et arrête ses études quelques années plus tard. Sa carrière débute dans la police, dont il sera évincé pour avoir milité en faveur de l'indépendance, raconte sa biographie officielle.
En 1977, Hassan Gouled Aptidon, premier président de Djibouti tout juste indépendant, le nomme au poste stratégique de chef de cabinet, qu'il occupera plus de 20 ans.
IOG cumule cette fonction avec celle de chef des services de sécurité et de renseignements, poste hautement sensible dans un pays fragilisé par les dissensions entre Issa et Afar, les deux grandes communautés, qui déboucheront sur plusieurs années de conflit armé.
- "Contrôle absolu" -
Ismaïl Omar Guelleh, qui arbore barbe poivre et sel, légère calvitie et embonpoint, est comme son mentor un Issa, un clan somali. Les Afar s'estiment marginalisés.
En 1999, Hassan Gouled Aptidon se retire. Son dauphin désigné prend sa suite, élu puis réélu à chaque scrutin avec plus de 75% des suffrages. En 2010, au terme de son deuxième mandat, un Parlement acquis à sa cause avait déjà supprimé de la Constitution la limite de deux mandats.
En 2021, dernière élection en date, il s'arroge plus de 97% des voix.
Ses mandats ont été marqués par un exercice autoritaire du pouvoir, mais aussi par un important développement économique autour d'infrastructures portuaires.
"Il avait pris la décision de ne pas se représenter (cette année) et cela a été très difficile de le convaincre d'y retourner", affirme à l'AFP Dileita Mohamed Dileita, président de l'Assemblée nationale qui fut son Premier ministre pendant 12 ans. "Mais avec la situation au Moyen-Orient et la guerre qui est à notre porte de l'autre côté de la mer Rouge, il nous faut la stabilité".
Professeure à l'Université catholique de Lille (nord de la France), Sonia le Gouriellec voit là "un prétexte" avancé "pour présenter une candidature +obligée+ par les évènements".
Pour cette spécialiste de la Corne de l'Afrique, surtout, "aucun successeur ne semble émerger pour lui succéder" et "les noms qui ont circulé ont rapidement été écartés".
- Polyglotte -
"Il y a une absence totale de préparation" de l'après-IOG, confirme, sous le couvert de l'anonymat, un chercheur djiboutien, spécialiste de la vie politique du pays, qui crédite le chef de l'Etat d'un "bon travail en matière de politique étrangère".
Car ce polyglotte - qui parle italien, français, anglais, somali, arabe et amharique - a misé sur la position stratégique de Djibouti, ancré sur le détroit de Bab-el-Mandeb qui contrôle l'accès à la mer Rouge depuis le golfe d'Aden, pour y accueillir des bases militaires française, américaine, japonaise, chinoise et italienne.
IOG a également parié sur le développement des infrastructures maritimes et logistiques et attire des capitaux étrangers.
Le chef de l'Etat fait valoir cette influence: un de ses fidèles, Mahamoud Ali Youssouf, qui fut durant 20 ans son ministre des Affaires étrangères, a été élu en février 2025 à la tête de la Commission de l'Union africaine.
Ce désormais sixième mandat sera-t-il le dernier d'IOG? Des chercheurs et diplomates s'inquiètent de l'état de santé du président qui se déplace avec difficulté et de l'influence grandissante de son épouse, Kadra Mahamoud Haïd, figure-clé du régime, issue comme son mari du sous-clan des Mamassan.
Pour Sonia le Gouriellec, avant de passer la main, IOG devra trouver "un successeur clairement accepté par les différents sous-clans, surtout par les Mamassan" pour parer à "une instabilité interne que le régime cherche à tout prix à éviter".
E.Aziz--SF-PST