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En Israël, ces bunkers devenus vespasiennes qui indignent les villes arabes
Dans les localités arabes du nord d'Israël, frontalier du Liban, les habitants dénoncent le manque et le piteux état des abris publics censés les protéger des roquettes du Hezbollah libanais ou des missiles iraniens.
"L'Etat doit construire des abris publics afin que toute la population dispose de refuges sûrs", lance le maire de Sakhnin, Mazen Ghanayem.
Ici, à une vingtaine de kilomètres du Liban, les habitants sont habitués aux roquettes du Hezbollah, mouvement islamiste chiite allié de l'Iran. "Des fragments tombent parfois sur les maisons", explique M. Ghanayem.
Mais "notre ville ne dispose pas d'un seul abri public digne de ce nom!" fustige l'édile, pour qui il en va de même dans "toutes les autres villes et villages arabes de la région".
- Dômes et clochers -
Depuis que le Hezbollah s'est joint le 2 mars à la guerre déclenchée par l'attaque israélo-américaine contre la République islamique, la localité de 36.000 habitants vit au rythme des alertes quotidiennes, sous le feu croisé des salves venues du Liban voisin et du plus lointain Iran.
Accrochée à la montagne, Sakhnin revendique son identité arabe, musulmane et chrétienne, dont témoignent les dômes des mosquées côtoyant des clochers. Son club de foot, en première division israélienne, fait sa fierté. De même qu'un soulèvement de la minorité arabe, qui, en 1976, fit renoncer l'Etat d'Israël à confisquer des terres locales.
Quand les sirènes retentissent, "les habitants se cachent d'abord chez eux, un peu comme ils le peuvent si la maison est ancienne. Dans une pièce sécurisée si la construction est récente", explique Kassim Abou Raïa, fonctionnaire municipal.
Pour ceux qui seraient surpris dehors, pas de parking souterrain ou de station de train où se précipiter comme dans les grands centres urbains.
M. Abou Raïa montre sur son portable une vidéo de son épouse et de sa fille, surprises la veille en pleine rue par une alerte. Apeurées, ne sachant où aller, elles se mettent au hasard à couvert sous le perron d'une villa dont les propriétaires ont tout laissé sur la table -téléphones et clé de voiture- en s'éloignant des baies vitrées.
Ce sont donc les écoles de la ville, une douzaine, qui restent ouvertes pour que les gens puissent se mettre à couvert, détaille le maire.
- Abribus ou pissotière -
Sakhnin dispose également, près de certains lieux publics, d'une dizaine d'abris d'urgence, gros rectangles de béton de 3 mètres sur 6, comme on en voit beaucoup dans le nord du pays ou dans le sud, autour de la bande de Gaza.
Avec leur allure d'abribus, de conteneur à ordures ou de vulgaire pissotière, ces mini-bunkers suscitent la colère de toutes les habitants interrogés par l'AFP.
"Personne n'utilise ces trucs-là", lâche avec un geste de mépris un fidèle sortant de la mosquée.
"Plutôt me faire tirer dessus que d'aller me réfugier là-dedans", ironise même l'édile Ghanayem, sans s'attarder sur les responsabilités de l'entretien.
Le mini-bunker installé sur le parking de sa mairie empeste l'urine, son sol est parsemé d'excréments. Dans un autre, des poubelles sont en plus parfois jetées.
Ces abris restent néanmoins utilisés en cas d'urgence, comme l'a constaté l'AFP dans la localité voisine de Majd al-Krum lors d'une salve. Abandonnant leurs voitures en pleine rue, une dizaine de personnes s'y sont entassées pour attendre la fin de l'alerte.
- "Situation désastreuse" -
"Ces mini-bunkers peuvent accueillir une poignée de personnes pendant quelques minutes. Mais ils ressemblent surtout à un piège. Cela n'est évidemment pas une solution pour assurer la sécurité de mes concitoyens", commente le maire de Sakhnin.
Le problème n'est pas nouveau en Israël, et déjà largement documenté. Selon un rapport du contrôleur de l'Etat en 2025, 33% des Israéliens ne disposent d'aucun espace protégé ou abri conforme.
Ce chiffre augmente à 50% pour les Israéliens non juifs, et atteint 70% dans les localités arabes du nord.
En juin 2025, lors de la précédente guerre avec l'Iran, l'Association pour les droits civils en Israël (ACRI) s'était émue de cette "situation désastreuse" pour les communautés arabes et de la différence de traitement avec les zones juives où "l'Etat alloue des ressources importantes à la protection (...) y compris dans les colonies" israéliennes en Cisjordanie occupée.
"Quand on regarde la communauté juive, dans chaque ville, chaque village, kibboutz, il y a des abris publics partout. Pas chez nous, et encore moins à Sakhnin", déplore son maire, pour qui l'Etat devrait pourtant "assurer la sécurité de tous".
A.AbuSaada--SF-PST