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Restrictions et arrestations pèsent sur les médias couvrant la guerre au Moyen-Orient
Les journalistes couvrant la guerre au Moyen-Orient font face à des restrictions et une censure croissante de la part des gouvernements et groupes armés, qui procèdent à des arrestations, interrogatoires et détentions, selon une enquête auprès des responsables de bureaux de l'AFP dans la région.
Certaines des restrictions les plus sévères imposées aux médias émanent d'Iran et d'Israël, bien que les monarchies du Golfe, cibles d'attaques sans précédent de drones et de missiles lancés par l'Iran, aient également durci leur contrôle.
Principaux motifs d'inquiétude: que des images révèlent l'emplacement des frappes de missiles et drones ou montrent l'interception de projectiles.
En Iran, obtenir des informations en dehors des canaux officiels est particulièrement difficile, l'accès des médias aux zones situées en dehors de Téhéran étant limité, voire inexistant.
L'AFP, l'une des rares agences de presse à disposer d'un bureau à Téhéran, n'a ainsi pas eu accès, à Minab (sud), au site d'une école bombardée le 28 février. Selon les autorités iraniennes plus de 150 personnes, dont de nombreux enfants, y ont été tuées. Ni les Etats-Unis, ni Israël n'ont admis avoir mené une telle frappe, Donald Trump assurant lundi qu'une enquête était "en cours".
Avec le blocage quasi-total d'internet par les autorités, très peu de documents fournis par des non-journalistes sortent d'Iran.
Un contraste saisissant avec le début de la guerre en Ukraine en 2022, où les journalistes pouvaient se déplacer librement et où la population publiait des photos et des vidéos de frappes russes.
Pour avoir un aperçu de ce qui se passe en dehors de Téhéran, l'AFP s'appuie sur des Iraniens qui ont fui, notamment dans les pays voisins, et des informations fournies par des membres de la diaspora ayant des contacts dans le pays.
Les téléphones fonctionnant mal, une équipe de l'AFP Paris a été mise en place au lancement de la guerre pour parler à des Iraniens qui ont quitté le pays et passer au crible les réseaux sociaux.
- Photos à distance -
Pour le bureau de l'AFP à Téhéran, il est difficile de travailler librement sur le terrain, même si les autorités organisent des visites de presse sur les sites civils pris pour cible, notamment des écoles, stades et hôpitaux.
Le ministre de la Culture et de l'Orientation islamique réglemente la presse et doit bien souvent donner son accord avant toute couverture médiatique.
Même avec des autorisations, des journalistes ont été arrêtés et interrogés par les forces de sécurité, avec le risque d'être placés en détention.
Les médias d'État iraniens se concentrent sur les pertes et les dommages causés aux civils, mais ne parlent pas des pertes militaires.
Jewel Samad, responsable photo de l'AFP pour le Moyen-Orient, rapporte un avertissement du ministère iranien du Renseignement: "si quelqu'un prend des photos de lieux sensibles, bâtiments et zones endommagés, ou enregistre l'emplacement à l'aide d'un GPS ou d'un portable, il pourrait être un agent de l'ennemi américano-sioniste". Il a appelé la population à prévenir les autorités si elle voyait quelqu'un agir de la sorte.
Dans ces conditions, l'équipe de l'AFP à Téhéran parvient à prendre des photos des frappes, principalement des nuages de fumée, à distance.
Les bombardements constants ont des répercussions physiques et mentales sur les journalistes en Iran, dont le sommeil est constamment interrompu par les frappes aériennes nocturnes.
- Pas de live -
Israël impose depuis des décennies une censure militaire stricte sur les opérations militaires sensibles, mais a renforcé ses restrictions face aux frappes de l'Iran et du Hezbollah, mouvement chiite allié de l'Iran au Liban.
L'armée a interdit les retransmissions en direct de la ligne d'horizon israélienne lorsque des alarmes retentissent pour avertir de l'arrivée de missiles ou de drones.
Et il est désormais interdit de montrer les images des défenses aériennes interceptant les missiles entrants, qui illustraient largement la couverture médiatique au début de la guerre et figuraient en bonne place dans celle de la guerre de 12 jours en juin 2025 entre Israël et l'Iran.
L'armée a également interdit de filmer les dégâts sur ou à proximité des sites sécuritaires, bien qu'elle autorise la couverture des dommages civils à condition que les emplacements exacts ne soient pas divulgués.
Dans les directives envoyées aux médias en Israël, le censeur en chef de l'armée, Netanel Kula, a listé les sujets et thèmes qui ne peuvent être abordés sans autorisation officielle.
"L'objectif premier est d'empêcher toute aide à l'ennemi en temps de guerre, ce qui constitue une menace tangible pour la sécurité de l'État", a-t-il déclaré.
Les directives interdisent aux journalistes de divulguer des informations sur les plans et préparatifs militaires, les défenses aériennes, ainsi que les sites et emplacements touchés.
Au Liban, pilonné par Israël en représailles aux attaques du Hezbollah, les journalistes sont confrontés à des restrictions imposées par le mouvement pro-iranien: il leur interdit d'accéder librement à son bastion dans la banlieue sud de Beyrouth, mais organise des visites de presse.
- 300 arrestations au Qatar -
Confrontées à des attaques sans précédent de l'Iran, les monarchies du Golfe ont elles aussi imposé des restrictions aux journalistes.
"L'environnement de travail des journalistes devient beaucoup plus difficile dans le Golfe en général", estime Talek Harris, chef du bureau de l'AFP à Dubaï pour le Golfe et le Yémen.
Au Qatar, plus de 300 personnes ont été arrêtées pour publication et partage d'images et d'"informations trompeuses" lors des attaques de l'Iran.
Elles "ont filmé et diffusé des séquences vidéo, et publié des informations trompeuses ainsi que des rumeurs", a affirmé le ministère de l'Intérieur.
Le procureur général émirati, Hamad Saif Al Shamsi, a mis en garde contre la prise de photos, la publication ou la diffusion d'images des dégâts causés par la chute de projectiles ou de débris.
"La diffusion de tels contenus ou d'informations inexactes peut créer la panique et donner une fausse image de la situation réelle du pays", a-t-il déclaré.
Les autorités se sont également inquiétées de la publication en ligne d'images créées par intelligence artificielle, et ont averti que ceux qui agissent ainsi seront traités "sans indulgence".
En Arabie saoudite, la possibilité de filmer des installations énergétiques et des zones diplomatiques - principales cibles des attaques iraniennes - était déjà très restreinte en temps normal. La guerre a fait monter la pression d'un cran.
Les autorités refusent la plupart du temps de s'exprimer en dehors des communiqués officiels, tandis que le service de presse de la cour a déjà fait pression sur les journalistes pour qu'ils révèlent l'identité de leurs sources.
- Réseaux sociaux -
Au Koweït, le ministère de l'Intérieur a arrêté deux personnes qui avaient partagé des vidéos "se moquant" de l'armée, ainsi qu'une troisième personne qui avait utilisé des photos de "dirigeants d'organisations terroristes interdites" sur ses réseaux sociaux.
A Bahreïn, quatre personnes ont été arrêtées pour avoir filmé et partagé des images d'attaques iraniennes et pour diffusion présumée de fausses informations, selon le ministère de l'Intérieur qui a qualifié ces actes de "trahison".
La Commission des médias jordanienne a interdit la publication de toute vidéo ou information relative aux opérations de défense du royaume, avertissant que les contrevenants s'exposaient à des poursuites pénales.
En Irak, Roba El Husseini, cheffe du bureau de l'AFP à Bagdad, souligne que les autorités ne donnent que des informations limitées sur le conflit. Les journalistes sont généralement interdits de filmer autour de l'aéroport de Bagdad et ne sont pas autorisés à accéder aux postes-frontières avec l'Iran.
Dans le nord du pays contrôlé par les Kurdes, les autorités ont déclaré que les journalistes ne pouvaient pas diffuser de vidéos en direct des missiles ou des roquettes qui tombaient, révéler l'heure et le lieu d'une attaque, ni donner de détails sur les dégâts causés.
Les journalistes ne doivent pas tourner d'images à proximité de sites sensibles comme les installations militaires et doivent se montrer prudents lorsqu'ils partagent des vidéos trouvées en ligne, qui pourraient révéler des positions ou des infrastructures sensibles.
Côté américain, contrairement à la guerre du Golfe de 2003, le Pentagone n'a pas embarqué de médias internationaux comme l'AFP pour qu'ils se joignent aux militaires.
Les médias américains et internationaux, dont l'AFP, AP, Fox News et le New York Times, ont été privés de leur accréditation au Pentagone fin 2025 pour avoir refusé de se soumettre aux nouvelles règles visant à encadrer leur couverture.
Q.Jaber--SF-PST