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Après la mort de Khamenei, joie et inquiétude en Iran
Cris de joie et klaxons, appels à la vengeance et pleurs : au lendemain de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei dans l'attaque américano-israélienne, les Iraniens éprouvent des sentiments partagés.
Le guide suprême, au pouvoir depuis 1989, a été tué samedi avec plusieurs hauts responsables militaires dans l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël, qui a entraîné une riposte de Téhéran dans le Golfe.
Lorsque la nouvelle de sa mort a été annoncée, "des cris de joie ont retenti dans tous les quartiers, et les gens sont descendus dans la rue", témoigne pour l'AFP une habitante de Téhéran âgée d'une trentaine d'années, sous couvert d'anonymat. "Cette joie, nous la ressentions alors même que nous étions en pleine guerre des missiles".
"Nous avons tous compris qu'il n'y a absolument aucun moyen de réformer ce régime sans une intervention étrangère", poursuit la jeune femme. "Ils ont pris le peuple iranien en otage, comme un ennemi étranger, et ils feront ce qu'ils veulent".
"Nous sommes dans la rue et nous fêtons la nouvelle", a raconté pour l'AFP une autre femme, d'une quarantaine d'années, après avoir quitté la capitale, frappée par de puissantes explosions dimanche soir.
A l'inverse, un habitant de Téhéran, âgé d'une trentaine d'années, semblait pétrifié. "Je suis sous le choc. Je n’arrive pas à croire ce qui s’est passé", affirme-t-il.
Signe d'une méfiance persistante dans le pays, où les autorités ont réprimé dans le sang une vague de manifestations en janvier, aucune des personnes interrogées par l'AFP n'a voulu donner son nom.
Peu après que la télévision d'Etat iranienne a annoncé, dimanche à l'aube, la mort de l'ayatollah Khamenei, des Iraniens en deuil, certains en colère, d'autres en larmes, sont descendus dans les rues du centre de Téhéran.
Aux cris de "Mort à l'Amérique" et de "Mort à Israël", ils ont réclamé vengeance, en brandissant des portraits du guide suprême et le drapeau iranien. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans les villes de Chiraz, Yazd et Ispahan (centre) et à Tabriz (nord-ouest), selon la télévision d'Etat.
- "L'avenir n'est pas bon " -
L'Iran a entamé dimanche une période de deuil de 40 jours et a décrété sept jours fériés.
Des policiers, déployés en nombre plus important que pendant la guerre de 12 jours en juin avec Israël, patrouillaient dans les rues désertes de la capitale, où les magasins gardaient leur rideau baissé.
Dans le nord du pays, au poste-frontière d’Islam Qala, un journaliste de l’AFP a vu qu'un drapeau noir avait été hissé, tandis que le drapeau iranien était totalement baissé.
"La situation à l'heure actuelle dans notre pays n'est pas bonne du tout", a témoigné - sous couvert de l'anonymat - un conducteur de camion, "vraiment inquiet" depuis l'annonce de la mort d'Ali Khamenei.
"Je ne sais pas ce qui va se passer à l'avenir mais l'avenir n'est pas bon, pour nous, les Iraniens", redoute-t-il. "Les Américains ont tout détruit partout où ils sont allés dans le monde", dit-il, en les accusant de vouloir s'emparer des ressources énergétiques de l'Iran.
Le président américain Donald Trump a déclaré dimanche que les Etats-Unis frapperaient l'Iran avec une force "sans précédent" si le pays continuait de riposter à l'attaque américano-israélienne qui a tué Ali Khamenei.
De leur côté, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré que venger la mort du guide suprême était un "devoir légitime" pour la République islamique et le principal responsable de la sécurité du pays, Ali Larijani a promis de frapper les États-Unis et Israël avec une force sans précédent.
- "Seuls les noms changeront" -
Pour Umut, responsable d'une société minière de 45 ans, la mort d'Ali Khamenei ne devrait pas entraîner de transformation du pays.
"Seuls les noms changeront, mais je pense que le régime restera en place", a-t-il affirmé à l'AFP, après avoir franchi la frontière à Razi-Kapikoy pour entrer en Turquie.
"Je ne prévois aucun changement de régime à court terme", assure cet homme, présent à Téhéran au moment où les premières informations sur la mort du guide suprême ont filtré.
"Il n'y a pas eu de manifestations dans les rues", seulement une ruée vers les stations-services, a-t-il observé. Il dit ne pas prévoir de rentrer chez lui avant que la situation se soit calmée, "si les rues sont sûres et qu'il n'y a pas d'explosions la nuit".
Z.Ramadan--SF-PST