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"Justice pour les morts!": la Grèce manifeste sa colère trois ans après la collision ferroviaire
Plus de 65.000 personnes en colère se sont rassemblées samedi dans toute la Grèce pour commémorer la collision ferroviaire meurtrière du 28 février 2023 et réclamer justice face aux failles de l'enquête.
A Athènes, la manifestation devant le Parlement, où le mot "assassins!" a été scandé, a réuni plus de 40.000 personnes, selon la police.
Mais elle a été émaillée d'échauffourées entre des manifestants qui ont jeté des cocktals Molotov et des policiers qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes, a constaté l'AFP.
"Justice pour les morts!", a lancé le président de l'Association des familles des victimes, Pavlos Aslanidis, à la foule qui venait d'observer une minute de silence à la mémoire des 57 morts de cet accident ferroviaire, étincelle d'une colère qui ne s'est jamais apaisée depuis.
"Face à la tentative de dissimulation" des responsabilités, "nous opposons notre unité et notre (...) détermination de ne pas reculer afin que la vérité éclate enfin", a ajouté ce père endeuillé.
Des îles de Crète à Corfou, des dizaines de rassemblements ont eu lieu pour commémorer l'accident ferroviaire le plus meurtrier qu'ait connu la Grèce. Aucun train ni ferry ne cicule ce samedi.
A Thessalonique, deuxième ville du pays, quelque 25.000 personnes étaient rassemblées, selon la police.
Sur les lieux de l'accident, près de Tempé (centre), des famillles et proches des victimes, en pleur, sont venus déposer des couronnes de fleurs blanches près des rails.
A Thessalonique, Fani Christani, étudiante en pédagogie, a assuré à l'AFP que "c’est notre génération qui a été blessée" dans cette catastrophe qui a tué de nombreux étudiants de retour des festivités du carnaval.
"La justice n’a pas encore été rendue et les responsables sont toujours en liberté", se désolait Lydia Pagkali, une manifestante de 28 ans, rencontrée par l'AFP à Athènes.
- "Pas en sécurité " -
"Nous ne nous sentons toujours pas en sécurité lorsque nous prenons le train ou le métro", a-t-elle aussi fustigé.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, étrillé à l'époque pour sa gestion jugée calamiteuse de cet accident, a reconnu samedi "les lacunes et les erreurs" de l'Etat.
Le dirigeant conservateur a également réclamé que "les responsabilités de la tragédie soient établies de manière rigoureuse, mais aussi impartiale".
"Au-delà de la douleur due à la perte de nos proches, il y a ce sentiment d'être bafoués, méprisés, et celui (...) que ce crime, comme les autres, sera étouffé", avait confié à l'AFP, quelques jours avant les commémorations, Maria Karystianou, la mère d'une victime qui s'apprête à lancer un parti politique.
Le 28 février 2023, à 23H22 (21H22 GMT), dans la vallée de Tempé (centre), un train de marchandises entre en collision frontale avec un train convoyant quelque 350 personnes d'Athènes à Thessalonique (nord).
Le choc est immense.
Et les interrogations fusent aussitôt. Comment deux trains ont-ils pu circuler sur la même voie pendant plus de 10 minutes sans qu'aucun système d'alarme ne soit déclenché?
- Failles de sécurité -
Les Grecs découvrent alors avec effroi les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion indigente, et des systèmes de signalisation vétustes.
Leur modernisation accuse un retard de plusieurs années malgré l'octroi de fonds européens conséquents et les alertes des syndicats.
Depuis trois ans, les Grecs réclament des comptes à des responsables politiques accusés d'incurie et de dissimulation des responsabilités.
La cheffe du Parquet européen, Laura Kövesi, a assuré que cette collision aurait pu être évitée si le système de signalisation avait été modernisé dans les temps avec les fonds de l'UE.
Ce scandale s'est par la suite doublé d'un fiasco judiciaire.
Deux anciens membres du gouvernement Mitsotakis font l'objet d'une procédure, mais aucun n'a encore comparu devant un tribunal.
Des preuves précieuses ont par ailleurs été perdues quand, quelques jours seulement après la collision, le site a été rasé au bulldozer.
Plusieurs parents de victimes ont également réclamé que des expertises soient menées afin de déterminer si leurs enfants ont été tués par la collision ou par l'incendie qui s'est déclenché par la suite.
Une quarantaine de personnes, dont le chef de gare en poste ce soir-là, doivent être jugés à partir du 23 mars.
H.Nasr--SF-PST