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L'Iran met en garde Washington contre "toute exigence excessive" dans les pourparlers
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a mis en garde vendredi les Etats-Unis contre "toute exigence excessive" dans leurs discussions, atténuant l'optimisme affiché la veille à l'issue d'une nouvelle session de pourparlers à Genève.
Ces discussions indirectes, qui doivent se poursuivre dans les prochains jours selon l'Iran, apparaissent comme celles de la dernière chance pour éviter une confrontation militaire après un important déploiement américain au Moyen-Orient.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'est dit vendredi "extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale".
- "Eviter toute erreur d'appréciation" -
Lors d'un appel avec son homologue égyptien Badr Abdelatty, Abbas Araghchi "a déclaré que le succès (de l'option diplomatique) reposait sur le sérieux et le réalisme de l'autre partie, mais aussi sur le fait d'éviter toute erreur d'appréciation et exigence excessive", selon les propos rapportés par la diplomatie iranienne.
Le diplomate iranien, qui mène les pourparlers pour Téhéran, n'a pas précisé à quelles demandes il faisait référence.
Les Etats-Unis ont à plusieurs reprises insisté sur une interdiction totale d'enrichissement d'uranium par l'Iran, une "ligne rouge" pour Téhéran qui défend son droit au nucléaire civil.
L'administration Trump souhaite aussi que tout accord porte sur les missiles balistiques de l'Iran, perçus comme une menace existentielle par son allié israélien.
L'Iran refuse d'aborder cette question et le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a estimé que cela posait "un très gros problème".
Le président Trump avait accusé mardi l'Iran de disposer de "missiles qui peuvent menacer l'Europe" et les bases militaires américaines, et d'oeuvrer à en concevoir des plus puissants, capables "d'atteindre bientôt les Etats-Unis".
Téhéran, qui affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km, a dénoncé de "gros mensonges".
D'après un rapport parlementaire américain daté de 2025, l'arsenal iranien peut atteindre des cibles allant jusqu'à 3.000 kilomètres, soit loin du territoire des Etats-Unis.
Une troisième session de pourparlers s'est tenue jeudi près de Genève à la résidence de l'ambassadeur d'Oman, pays médiateur.
M. Araghchi avait fait état "de très bons progrès" lors de cette session, "la plus intense à ce jour", disant que les deux parties avaient abordé "très sérieusement les éléments d'un accord, tant dans le domaine nucléaire que dans celui des sanctions" américaines qui pèsent sur l'Iran.
Selon lui, une prochaine session se tiendra "très bientôt, peut-être dans moins d'une semaine".
Des discussions "entre équipes techniques" auront lieu au préalable lundi à Vienne en Autriche, avec "l'aide d'experts" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
- "Progrès significatifs" -
Le médiateur omanais a également parlé "de progrès significatifs", via son chef de la diplomatie Badr al-Busaidi.
Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de "10 à 15 jours" pour décider si un accord était possible ou s'il allait recourir à la force.
Washington veut empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, une crainte des Occidentaux alimentant de longue date les tensions avec la République islamique qui dément nourrir de telles ambitions.
Selon le Wall Street Journal, l'équipe de négociateurs américains, comprenant l'émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, réclame un démantèlement des trois principaux sites nucléaires iraniens, Fordo, Natanz et Ispahan - ciblés par des frappes américaines en juin - et la remise aux Etats-Unis des stocks d'uranium enrichi du pays.
Les deux pays ennemis avaient renoué le dialogue le 6 février à Oman, avant de se retrouver le 17 - déjà en Suisse.
De précédents pourparlers avaient été interrompus par la guerre déclenchée en juin 2025 par Israël contre l'Iran, à laquelle Washington s'était brièvement joint.
Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation d'Iraniens auxquels Donald Trump avait promis de venir "en aide".
De nouveaux rassemblements ont eu lieu ces derniers jours dans des universités.
S.Barghouti--SF-PST