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Venezuela: "1675 jours" de prison "trop de douleur pour un être humain", dit l'activiste Tarazona libéré
Libéré dimanche après quatre ans et sept mois d'incarcération, le célèbre activiste vénézuélien Javier Tarazona appelle à la "réconciliation" lors d'un entretien exclusif à l'AFP, estimant après ses "1675 jours" de détention que chaque journée en prison est "trop de douleur pour un être humain".
Cette libération intervient deux jours après l'annonce par la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, sous pression américaine, de la fermeture de la redoutée prison de l'Hélicoïde, où était détenu M. Tarazona, et d'une loi d'amnistie générale. Et ce, moins d'un mois après la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine.
M. Tarazona, 43, ans est l'une des figures les plus emblématiques parmi le millier de prisonniers politiques peu à peu libérés.
"1.675 jours dans un endroit sombre (...) Il n’est pas possible que ce type de situation continue de se répéter. Il n’est pas possible qu'il ait fallu ce qui s’est passé (l'intervention américaine, NDLR) pour que nous puissions sortir", dit M. Tarazona.
"J’ai vécu la douleur de la prison, l’enfermement, ma famille à 900 kilomètres, quatre enfants qui m’attendaient, mes étudiants, mes amis, les victimes...".
- "traitements inhumains" -
"Un jour de prison, c’est beaucoup. Un jour de prison, c’est trop de douleur pour un être humain", poursuit l'activiste, qui a raconté pendant son procès avoir été torturé, victime de coups notamment, en prison.
"Ce furent des moments douloureux, des moments que je ne souhaite à personne (...) Quelques compagnons dans d’autres lieux de captivité m'ont raconté leurs expériences extrêmement douloureuses, qu’il est nécessaire de ne pas répéter", estime-t-il.
"La fermeture de l'Helicoïde ne résout pas le problème de l’injustice dans ce pays. Si fermer l'Helicoïde, c’est effacer une mémoire, je crois qu'il faut travailler pour que cela ne se répète pas", insiste l'activiste.
Appelant au "pardon", il estime qu'il faut "transformer la culture des corps de sécurité. Parce que ces actes de traitements cruels, inhumains et dégradants ne font qu’agrandir la blessure sociale, élargir des blessures qui durent de génération en génération".
Il a aussi "plaidé pour les captifs", notamment ceux de droit commun: "Parmi les 84.000 prisonniers au Venezuela, 30.000 se trouvent dans des centres de police qui ne sont pas adaptés. Dans des conditions déplorables. Il faudrait fermer non seulement l’Helicoïde, mais aussi tous ces endroits".
- "Se réconcilier dans la justice" -
Dimanche, Javier Tarazona a été applaudi par des fidèles d'une église du centre de Caracas, criant "Liberté!" à son passage.
"Les gens applaudissent mus par un grand désir de liberté, par l’espoir de retrouvailles entre les Vénézuéliens. Les gens souhaitent de toutes leurs forces que nous puissions nous embrasser avec joie, avec enthousiasme. Sans crainte", juge-t-il.
"Le Venezuela a besoin de se réconcilier, de se réconcilier précisément dans la justice", selon lui, alors que la présidente par intérim a aussi promis, sous pression américaine, une réforme judiciaire dans le pays ou les arrestations et les condamnations relevaient de l'arbitraire, selon de nombreuses ONG.
"Le discours reste le même: 4 ans et 7 mois de prison n’ont pas fait taire la vérité. La vérité m’a rendu libre. En captivité, quand je regardais la télévision d'État, je voyais que tout ce que l’on dénonçait se poursuivait. Tout ce qui a conduit à ce qu’on me réduise au silence, à ce qu’on bafoue mes droits, se poursuivait", ajoute-t-il.
- "plus engagé" -
M. Tarazona a évoqué sa propre procédure: des accusations de "terrorisme" ou de "trahison", "4 ans et 7 mois dans un processus erratique, 3 procès, 2 interruptions" et d'innombrables audiences repoussées, sans condamnation ou acquittement...
"L'important est que le système judiciaire résolve réellement les problèmes d’inégalités sociales", plaide-t-il.
"Nous devons nous repenser pour reconstruire ce pays. La véritable rencontre est là, avec le Vénézuélien qui souffre, celui qui n’a rien à manger, celui dont le salaire ne suffit pas, qui aspire au changement", dit M. Tarazona
Sur le plan personnel, M. Tarazona veut désormais "retrouver (ses) gamins, retrouver (sa) mère, (ses) frères, ceux qui ont le plus souffert. Ça a été 4 ans et 7 mois de douleur. C'est le moment de les embrasser, de partager".
Et puis, "je suis enseignant. Je retourne à ma salle de classe, à continuer de défendre les plus vulnérables, les plus faibles, ceux qui souffrent le plus".
"Mon travail d’activiste des droits humains est une tâche inhérente à mon essence humaine. Dans ce lieu d’obscurité, j’ai trouvé la lumière, aujourd’hui je suis plus engagé".
V.AbuAwwad--SF-PST