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Birmanie: dernière phase des législatives pour sceller la victoire des alliés de la junte
La dernière phase des élections législatives birmanes doit sceller dimanche la victoire écrasante du principal parti pro-militaire, lors d'un scrutin dénoncé par des observateurs occidentaux comme une manoeuvre de la junte pour prolonger sa mainmise sur le pouvoir.
Depuis son indépendance en 1948, la Birmanie n'avait connu que des régimes militaires avant que les généraux ne cèdent la place à un gouvernement civil pour une décennie de réformes et d'optimisme.
Cette parenthèse démocratique a pris fin en 2021 avec un coup d'Etat militaire et l'arrestation de l'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui ont plongé le pays d'Asie du Sud-Est dans une guerre civile et une crise humanitaire.
Des journalistes de l'AFP ont vu les bureaux ouvrir à Mandalay, la deuxième ville du pays, et dans le quartier de Hlaingthaya de Rangoun, où des manifestations hostiles au coup d'Etat avaient été réprimées dans le sang il y a cinq ans.
La junte présente le scrutin comme un retour à la démocratie, alors qu'il ne peut pas se tenir dans les vastes zones contrôlées par les rebelles et que le parti d'Aung San Suu Kyi, toujours emprisonnée, a été dissous.
- Pression -
Lors des deux premières phases de l'élection, le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD), que des experts considèrent comme un relais civil de la junte, a remporté plus de 85% des sièges de la chambre basse en jeu et deux tiers de ceux de la chambre haute.
La Constitution, rédigée par l'armée, réserve par ailleurs un quart des sièges de chaque chambre aux forces militaires.
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, n'a pas exclu la possibilité de briguer la présidence lorsque le Parlement nouvellement élu se réunira pour attribuer ce poste.
Une habitante de Rangoun de 34 ans interrogée par l'AFP affirme sentir la pression des autorités pour se rendre aux urnes, mais elle votera pour "n'importe quel parti sauf le PUSD".
"On sait déjà quel sera le résultat final, mais si je peux perturber un peu les choses...", témoigne-t-elle sous couvert d'anonymat, ajoutant qu'elle "n'attend rien de cette élection".
Les résultats officiels doivent être communiqués en fin de semaine prochaine, mais le parti pro-militaire pourrait revendiquer la victoire dès lundi.
- Campagne perturbée -
Le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, avait largement devancé le PUSD lors des dernières élections législatives en 2020.
Mais les militaires en ont annulé le résultat et repris le pouvoir par la force le 1er février 2021, invoquant sans fondement des fraudes électorales généralisées.
" La fraude électorale est une question grave et répugnante dans une démocratie", a déclaré mardi le chef de la junte Min Aung Hlaing dans les médias d'Etat.
Le coup d'Etat a plongé le pays dans une guerre civile, des guérillas pro-démocratie combattant la junte aux côtés d'armées issues de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
Les frappes aériennes sont fréquentes dans certaines régions, où " les candidats n'ont pas pu faire campagne pour des raisons de sécurité ", regrette un aspirant député sous couvert d'anonymat.
"Se déplacer n'est pas du tout sûr", ajoute-t-il, estimant qu'à peine un bureau de vote sur dix pourra ouvrir dimanche dans sa circonscription.
Il n'existe pas de bilan officiel de la guerre civile en Birmanie et les estimations varient largement. Selon le groupe de surveillance ACLED, plus de 90. 000 personnes ont été tuées, tous camps confondus.
L'ONU estime que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté.
H.Jarrar--SF-PST