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Mercosur: face au risque politique, Macron choisit de dire non malgré des concessions "incontestables"
Emmanuel Macron a tranché: malgré les concessions "incontestables" de Bruxelles, la France votera "contre" l'accord commercial avec le Mercosur, un choix qui ne bloquera pas le traité et qui l'expose à un procès en perte d'influence mais qui devrait permettre de sauver le gouvernement.
"Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l'accord", a déclaré jeudi soir le chef de l'Etat dans un communiqué annonçant sa décision, après un appel à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour l'informer.
Avec des manifestations agitées d'agriculteurs venus en tracteurs à Paris, la pression était forte contre cet accord de libre-échange sur lequel les Vingt-Sept doivent se prononcer vendredi, pour une signature avec le bloc latino-américain prévue la semaine prochaine.
Et la classe politique quasi-unanime est toujours hostile, le président du parti Les Républicains Bruno Retailleau étant allé jusqu'à faire planer le "risque d'une censure" parlementaire contre le gouvernement si le chef de l'Etat avait choisi de voter en faveur du texte.
Face à cette équation, le président de la République, qui critique un traité "d'un autre âge" à l'impact limité, a fait le calcul politique qu'il valait mieux aller dans le sens des opposants, pour préserver son Premier ministre Sébastien Lecornu et lui éviter de chuter avant même d'avoir réussi à faire adopter un budget pour l'année qui a commencé.
Et tant pis si, au fond, et contrairement aux manifestants, il ne juge pas cet accord commercial si néfaste.
Début novembre, depuis le Brésil, Emmanuel Macron avait insisté sur les bienfaits du texte pour "notre filière viticole qui est heurtée par les tarifs américains" et pour "beaucoup de secteurs industriels" en quête de "diversification".
Il avait aussi salué le "paquet" de mesures "tout à fait acceptable" proposé par Bruxelles, notamment sur une "clause de sauvegarde" pour protéger les filières agricoles en cas de perturbation du marché. "Je suis plutôt positif mais je reste vigilant", avait-il lâché, laissant entrevoir un possible feu vert français à terme, si d'autres exigences étaient satisfaites.
Ses déclarations avaient toutefois mis le feu aux poudres en France.
Le président était donc vite revenu sur la position des mois précédents: un "non très ferme de la France" à l'accord "en l'état". Et redoublé d'efforts dans son bras de fer pour obtenir plus de garanties de la Commission européenne.
Avant Noël, à Bruxelles, grâce au soutien de l'Italie, il avait même réussi à arracher un bref report de la signature qui semblait imminente.
- Impuissance -
Depuis, l'exécutif français se targue d'avoir engrangé des victoires pour ses agriculteurs, sur le coût des engrais comme sur le futur budget de la politique agricole commune (PAC) pour sécuriser les aides européennes à leur revenu.
"C'est le résultat de notre mobilisation déterminée et de mon engagement constant pour nos agriculteurs", s'est-il félicité cette semaine. Des "avancées incontestables" dont "il faut donner acte à la Commission européenne", a-t-il abondé jeudi.
Mais la France n'a pas réussi, a priori, a réunir une minorité de blocage, et l'accord devrait donc être entériné par l'UE à la majorité qualifiée.
De quoi nourrir les accusations d'impuissance d'un chef de l'Etat en fin de règne, voire d'une entente tacite avec les instances européennes, très favorables au Mercosur qui est aussi plébiscité par l'Allemagne et l'Espagne.
Avant même l'annonce présidentielle, l'eurodéputée de La France insoumise Manon Aubry dénonçait "une trahison courue d'avance du gouvernement français". Tandis qu'au Rassemblement national, Marine Le Pen invoque ces négociations pour affirmer que le parti d'extrême droite est le "seul rempart" au sein de l'UE.
Au sommet de l'Etat, on déplore un "jeu de poker menteur" où les filières favorables au Mercosur sont restées discrètes, car inaudibles.
Si Emmanuel Macron a un temps espéré que la "pédagogie" permettrait de mettre en avant les avantages du traité et d'en relativiser les méfaits, et si Sébastien Lecornu et la ministre de l'Agriculture ont multiplié les rencontres et les gestes à l'égard du secteur, le débat public est resté totalement défavorable.
Jusqu'au bout, le gouvernement a donc préféré dire que "le compte n'y est pas". Le président a lui préféré jeudi pointer l'équation politique pour justifier son refus.
C.AbuSway--SF-PST