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A Pretoria, jour de pèlerinage des Afrikaners, dont Trump s'est proclamé le protecteur
Des milliers de descendants des premiers colons européens en Afrique du Sud, les Afrikaners, fêtent mardi près de Pretoria le Jour du serment, un mythe fondateur aux parallèles frappants avec ceux de l'Amérique de Donald Trump, qui s'est proclamé leur protecteur.
Sur une colline surplombant les buildings ocre du centre-ville de la capitale et le siège du gouvernement sud-africain, ils sont 37.000, clame un speaker présomptueux, au monument des Voortrekkers.
Dans l'assistance, la plupart des hommes sont en chemisette et short kaki, certaines femmes arborent la tenue traditionnelle des "Voortrekkers", similaire à celle des quakers et rappelant la série "The Handmaid's Tale" ("La servante écarlate").
"On a décidé de venir parce que c'est la bonne chose à faire: profiter de cette journée importante pour notre langue", explique Johan Reid, un mécanicien de 24 ans, venu pour la première fois en pèlerinage en ce jour particulier, accompagné de sa fiancée.
"C'est difficile d'être Afrikaner en ce moment, compte tenu de la situation politique actuelle en Afrique du Sud, comme l'a dit (le président américain) Donald Trump", assure-t-il.
Le vice-président américain, JD Vance, devait visiter le monument à l'occasion d'un sommet du G20 le mois dernier - avant que Donald Trump ne décide de boycotter le sommet en prétendant que les Afrikaners étaient "tués et massacrés" en Afrique du Sud.
Campant sur sa position et occupant désormais la présidence tournante du G20, Washington n'a pas permis à Pretoria de participer à une première réunion technique lundi et mardi.
- "Grand Trek" et "Manifest Destiny" -
L'édifice de Pretoria commémore la grande migration dans les terres, au début du XIXe siècle, des colons de langue afrikaans (dérivée du néerlandais) qui refusaient la domination britannique à la pointe de l'Afrique. Un "grand Trek" qui fait écho à la "Manifest Destiny" (la "Destinée manifeste) par laquelle a été justifiée la conquête de l'Ouest américain.
Leurs descendants célèbrent une victoire contre les Zoulous le 16 décembre 1838 lors de la bataille de Blood River, intervenue après un serment.
"On a fait une promesse à Dieu que s'il nous sauvait pendant cette guerre contre les Zoulous, on commémorerait ce jour chaque année. C'est ce qu'on fait", raconte Rudolf Brits, sous son chapeau et sa chemise à carreaux. Ce retraité de 61 ans est venu de Sasolburg, de la province de l’État libre, à "deux heures de route".
La date est restée fériée en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid, mais elle a été rebaptisée "Jour de la réconciliation" en 1995 à la suite de l'élection de Nelson Mandela à la présidence.
"La philosophie sous-jacente à la +Destinée manifeste+ et au +Grand Trek+ est similaire: les descendants des colons étaient convaincus de leur droit à revendiquer ces terres - toutes ces terres - malgré la présence de populations qui y vivaient déjà", explique à l'AFP Laura Mitchell, professeur d'histoire à l'université de Californie à Irvine (États-Unis), spécialiste de l'Afrique du Sud et de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.
La comparaison peut aussi s'appliquer aux Huguenots (protestants) installés au Cap pour fuir les persécutions religieuses en Europe au XVIIe siècle, à la même période que les Pères pèlerins partis vers l'Amérique à bord du "Mayflower" pour les mêmes raisons.
- "Même vague migratoire" -
"Ils font partie de la même vague migratoire", estime Joel Cabrita, directrice du centre des études africaines à Stanford (États-Unis). "Il existe un chauvinisme anglo-saxon mondial à cette époque. Cette idée que les Blancs sont en quelque sorte plus proches de Dieu."
Ce parallèle explique-t-il l'intérêt prononcé du mouvement MAGA ("Make America Great Again") de Donald Trump pour l'Afrique du Sud ?
"Plus que le mythe, c'est davantage lié à la politique américaine. Je dirais que cela concerne l'identité blanche. Il s'agit d'endroits dans le monde où les nationalistes américains blancs de droite croient voir des preuves que les Blancs sont attaqués. Cela trouve vraiment un écho chez eux", analyse Joel Cabrita.
L'historienne rappelle que des centaines de mercenaires américains ont combattu en ex-Rhodésie, devenue depuis le Zimbabwe, contre les mouvements de libération dans les années 1960 et 1970.
"Aujourd'hui, c'est l'Afrique du Sud, mais il y a 50 ans, c'était la Rhodésie qui faisait la une", synthétise-t-elle. "Et dans les années 1960, c'était en fait le Congo belge, où les Blancs étaient chassés du Congo par les masses communistes, selon les discours de l'époque. Des événements tels que le meurtre de missionnaires blancs au Congo ont fait l'objet d'une grande attention dans la presse américaine."
Johan Reid, lui, accuse le président sud-africain Cyril Ramaphosa de nier les meurtres de fermiers. "La mère de mon oncle a été assassinée sur une ferme", raconte-t-il.
D'après les dernières statistiques de la police sud-africaine, 12 personnes ont été tuées - pas forcément toutes blanches - dans des zones rurales entre juillet et septembre, à comparer aux 5.794 homicides enregistrés dans tout le pays sur la même période.
Pour Laura Mitchell, la comparaison entre les craintes du mouvement MAGA d'une prétendue persécution des blancs et le "danger noir" ("swart gevaar"), une idée qui était au cœur de l'idéologie raciste de l'apartheid en Afrique du Sud, est "pertinente".
Elle y voit "l'expression (d'un sentiment de) menace envers leur identité culturelle (celle des MAGA) qui surpasse le danger documenté par les statistiques criminelles ou d’autres indicateurs. La peur paraît disproportionnée par rapport aux risques réels".
K.Hassan--SF-PST