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Le groupe d'experts sur le Smic recommande une hausse de 1,4%, sans coup de pouce
La revalorisation automatique, pas plus: le groupe d'experts sur le Smic a recommandé jeudi de ne pas donner de coup de pouce au salaire minimum au-delà de son augmentation mécanique, qui devrait donner "une hausse autour de 1,4%", en raison du "ralentissement du marché du travail".
Cette revalorisation automatique "devrait conduire à une hausse autour de 1,4% au 1er janvier 2026, soit au-dessus de l'inflation attendue (proche de 1%)", expliquent ces experts dans un communiqué accompagnant la remise de leur rapport annuel au gouvernement et aux partenaires sociaux.
"Compte tenu du ralentissement du marché du travail, du niveau élevé du Smic par rapport au salaire médian et du coût très important des exonérations" de charges patronales sur les bas salaires, ils recommandent de "ne pas aller au-delà de la revalorisation automatique prévue par le Code du travail".
Depuis sa création en 2008, ce groupe d'experts n'a jamais préconisé de coup de pouce.
Si le Premier ministre suit ses recommandations, le Smic, aujourd'hui à 1.426,30 euros net par mois (1.801,80 euros brut), augmentera d'un peu moins de 20 euros net par mois.
"Vingt euros de plus, ce n'est pas suffisant. Avec l'augmentation de l'électricité, des courses alimentaires...", a réagi Noémie, auxiliaire de crèche à Orléans. "On prend toujours, mais ça me fera juste deux boîtes de lait, en plus, par mois", a-t-elle calculé.
- "20 euros, c'est nul" -
Pour Mehdi, vendeur polyvalent dans une gare parisienne, "20 euros, c'est nul!" Avec un Smic, "il faut espérer qu'il n'y ait pas de coup dur", confie-t-il. Quand son lave-linge l'a lâché, "il a fallu se priver" pour le remplacer.
Chaque 1er janvier, le Smic est indexé à l'inflation constatée pour les 20% de ménages aux plus faibles revenus et revalorisé de la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvrier et employé.
Au-delà de cette évolution mécanique, le gouvernement peut donner un coup de pouce, mais le dernier remonte à juillet 2012, au lendemain de l'élection de François Hollande à l'Elysée.
Pour la CFDT, un coup de pouce aurait été "bienvenu" cette année. La CGT revendique, elle, un Smic à 2.000 euros brut.
Après avoir consulté ce rapport, les partenaires sociaux donnent un avis, mais c'est le Premier ministre qui fixe le niveau du Smic au 1er janvier.
Au 1er novembre 2024, environ 2,2 millions de salariés du secteur privé étaient rémunérés au Smic, soit 12,4% d'entre eux, selon les données du ministère du Travail.
Les experts arguent que "le Smic aura progressé plus vite que les prix en cumul sur les cinq dernières années", alors que "de nombreux salaires supérieurs au Smic n'ont pas encore récupéré la totalité de leur pouvoir d'achat d'avant la période inflationniste, entraînant une compression significative de la structure salariale".
- Grève pour les salaires -
"Le Smic doit être un point de départ dans la carrière et permettre d'accéder à des emplois mieux rémunérés", souligne le président du groupe d'experts, Stéphane Carcillo, notant que la France est le pays de l'Union européenne où le salaire minimum se rapproche le plus du salaire médian (2.183 euros net dans le secteur privé en 2023).
Pour éviter l'effet "trappe à bas salaires", les experts souhaiteraient ramener progressivement le plafond ouvrant droit à des exonérations de cotisations patronales à deux Smic. En septembre, le gouvernement a déjà décidé de le ramener à 3 Smic, contre 3,3 auparavant.
La mesure souhaitée par les experts permettrait, selon eux, d'économiser 6 milliards d'euros sur les allègements de cotisations, qui coûtent aujourd'hui environ 75 milliards d'euros par an. Ces économies pourraient, par exemple, être redirigées vers la prime d'activité.
Le rapport pointe également le poids dans les revenus des personnes modestes avec enfants des aides versés par les communes, départements ou régions, dont les montants n'ont pas toujours suivi l'inflation. Il recommande d'en faire un suivi plus fin pour faciliter, "le cas échéant", leur revalorisation.
"La préoccupation première de la population, ce sont les salaires", estime le secrétaire confédéral de la CGT, Thomas Vacheron, pour qui il faut "supprimer ce groupe d'experts de la non-augmentation du Smic".
Le 2 décembre prochain, la CGT, Solidaires et la FSU appellent à faire grève et manifester pour les salaires.
N.Shalabi--SF-PST