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Guinée-Bissau: coup d'état militaire et suspension des élections
Des militaires en Guinée-Bissau ont annoncé mercredi avoir pris le "contrôle total du pays" et suspendre le processus électoral, alors que ce pays coutumier des troubles politiques était dans l'attente des résultats des élections présidentielle et législatives organisées dimanche.
A la mi-journée, des tirs avaient été entendus près du palais présidentiel et des hommes en tenues militaires prenaient possession de la principale artère menant vers le palais, dans ce pays d'Afrique de l'Ouest qui a déjà connu quatre coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.
L'Afrique de l'Ouest a connu depuis 2020 une série de coups d'Etat militaires au Mali, Burkina, Niger et Guinée-Conakry.
En début d'après-midi, le général Denis N'Canha, chef de la maison militaire de la présidence, assis derrière une table et entouré de militaires armés, a annoncé à la presse au siège de l'état-major, qu'un "Haut commandement pour la restauration de l'ordre, composé de toutes les branches de l'armée" prenait "la direction du pays jusqu'à nouvel ordre", ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.
"Ce qui nous a poussé à le faire c'est pour garantir la sécurité au niveau national et également rétablir l'ordre", a ajouté le général, évoquant la découverte par les "renseignements généraux" d'un "plan visant à déstabiliser le pays avec l'implication des barons nationaux de la drogue".
Les renseignements généraux "ont confirmé l'introduction d'armes dans le pays pour changer l'ordre constitutionnel", a-t-il ajouté.
- Couvre-feu -
Le général a également annoncé la suspension de "tout le processus électoral", la fermeture des frontières "terrestres, aériennes et maritimes" et l'instauration d'un "couvre-feu obligatoire".
"L'exercice du pouvoir du commandement commence à partir d'aujourd’hui. Le commandement appelle la population au calme", a-t-il ajouté.
Dans les rues de la capitale Bissau, quelques rares passants étaient visibles en fin d'après-midi et un calme précaire régnait. A la mi-journée, des centaines de personnes à pied ou dans des véhicules avaient fui la zone du palais présidentiel pour se mettre à l'abri tandis que des tirs nourris avaient retenti à plusieurs reprises.
Interrogé par un journaliste de l'AFP, un officier supérieur a confirmé que des arrestations avaient eu lieu.
Le président sortant Umaro Sissoco Embalo, qui était donné favori lors de cette élection, se trouve dans un bâtiment derrière l'état-major, "avec le chef d'état-major et le ministre de l'Intérieur", a précisé cet officier supérieur sous couvert d'anonymat.
Il n'était pas possible dans l'immédiat de confirmer si le président avait été arrêté.
La Commission Nationale des Elections (CNE) a été attaquée par des hommes armés non identifiés mercredi, a indiqué à l'AFP un responsable de la communication de la commission, Abdourahmane Djalo.
Mardi, le camp de M. Embalo et celui du candidat de l'opposition Fernando Dias de Costa ont chacun revendiqué la victoire à la présidentielle, alors que les résultats provisoires officiels de ces élections n'étaient attendus que jeudi.
La présidentielle, qui s'était déroulée dans le calme dimanche, avait eu lieu sans le principal parti d'opposition, le PAIGC, et son candidat, Domingoes Simoes Pereira.
Le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance par les armes en 1974, a été exclu - également pour un dossier trop tardif - des législatives, visant à élire les 102 députés du Parlement.
L'opposition avait qualifié de "manipulation" l'exclusion du PAIGC des scrutins présidentiel et législatifs.
La proclamation des résultats électoraux a souvent donné lieu à des mouvements de contestation en Guinée-Bissau.
La précédente présidentielle, en 2019, avait débouché sur plusieurs mois de crise post-électorale, M. Embalo et son adversaire M. Pereira revendiquant tous deux la victoire.
Avec près de 40% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, la Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde.
Elle est réputée être une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe, à la faveur de l'instabilité politique.
I.Saadi--SF-PST