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Bissau a voté dans le calme, petite affluence dans les bureaux
Les Bissau-Guinéens ont voté dimanche, sans incident majeur, pour élire leur prochain président et leur parlement, avec l'espoir de tourner la page des turbulences politiques mais en l'absence du principal parti d'opposition et de son candidat.
Quelque 860.000 électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir entre 12 candidats à la présidentielle, avec pour enjeu majeur la stabilité dans un pays ayant vécu depuis son indépendance au rythme des crises politiques, avec quatre coups d'Etat et une kyrielle de tentatives de putsch.
Dans la capitale Bissau, les bureaux de vote ont commencé à fermer comme prévu à 17H00 (locales et GMT). Le dépouillement a ensuite débuté.
Tout au long de la journée, les électeurs se sont rendus en petit nombre dans les bureaux de vote visités par des journalistes de l'AFP.
La Commission nationale des élections (CNE) n'avait pas encore communiqué de taux de participation, au moment de la fermeture des bureaux. Elle s'est toutefois félicitée un peu plus tôt dans la journée du déroulement "pacifique" du vote sur l'ensemble du territoire.
Les résultats provisoires sont attendus au plus tard jeudi.
-"Très contente"-
"Je suis très contente d'avoir accompli mon devoir de citoyen. C'était important pour moi parce que je veux un avenir meilleur pour mon pays", a confié à l'AFP Danaya Diatta, 25 ans, montrant avec fierté son index taché d'une encre indélébile noire, signe qu'elle a voté.
Avec près de 40% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, la Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde et est réputée être une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique latine et l'Europe, favorisé par l'instabilité politique du pays.
Le président sortant Umaro Sissoco Embalo a voté en milieu de matinée à Gabou (est) à 200 kilomètres de Bissau.
Il a mis en garde les 11 autres candidats contre toute tentative de proclamer d'avance les résultats : "La seule entité autorisée à le faire est la CNE", a-t-il prévenu, vêtu d'une chemise blanche et coiffé de son célèbre keffieh rouge et blanc, devenu sa marque de fabrique.
M. Embalo, 53 ans, est donné favori pour remporter l'élection dès le premier tour. Il deviendrait alors le premier chef de l'Etat de Guinée-Bissau à effectuer deux mandats successifs depuis l'instauration du multipartisme en 1994.
Il aura comme principal adversaire l'opposant Fernando Dias, qui a reçu le soutien du puissant PAIGC, ancien parti unique et principal parti d'opposition, dont le chef Domingos Simoes Pereira n'a pu se présenter.
La candidature de M. Pereira, rival de longue date de M. Embalo et revenu récemment d'exil pour se présenter, a été rejetée par la Cour suprême qui a jugé que son dossier avait été déposé trop tardivement.
- "Manipulation" -
Le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance par les armes en 1974, a été exclu - également pour un dossier trop tardif - des législatives qui se tiennent également dimanche, durant lesquelles seront élus les 102 députés du Parlement.
Celui-ci a été dissous en décembre 2023, alors qu'il était dominé par l'opposition, par le président Embalo qui gouverne depuis par ordonnances.
L'opposition qualifie de "manipulation" l'exclusion du PAIGC des scrutins présidentiel et législatifs et estime que le mandat du président Embalo a expiré depuis le 27 février dernier, cinq ans jour pour jour après son investiture.
Malgré ces critiques, la campagne, qui s'est clôturée vendredi soir, s'est déroulée dans une ambiance de grandes festivités à travers le pays. Aucun incident n'a été signalé.
La directrice de l'Observatoire des économies illicites en Afrique de l'Ouest, Lucia Bird, souligne toutefois qu’en Guinée-Bissau, "les problèmes surgissent généralement après les élections". Elle dit redouter, comme en 2019, des "allégations d'irrégularités" après le scrutin.
Plus de 6.700 membres des forces de l'ordre, dont des éléments de la force de stabilisation de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), ont été déployés pour sécuriser le scrutin et l'après-scrutin.
L'espace aérien ainsi que les frontières terrestres et maritimes sont fermés toute la journée de dimanche.
O.Mousa--SF-PST